Comment les éditeurs américains essaient d’utiliser la tech pour attirer à eux les jeunes lecteurs

Père lisant un livre à son bébé

On lit de moins en moins

Ce n’est pas franchement un scoop : les français, dans leur ensemble, lisent de moins en moins de livres. En 2018, 38% de la population avouait n’avoir ouvert aucun livre dans l’année. Chiffre en constante augmentation depuis la fin du XXème siècle. Et c’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit des jeunes qui lisent, à chaque génération, moins que leurs prédécesseurs. Toujours en 2018, 11% d’entre eux étaient des lecteurs intensifs. Ce chiffre s’élevait à 35% pour les boomers.

Pas besoin de le dire : la concurrence des médias numériques se fait de plus en plus sentir. Et le temps d’attention diminuant, l’espoir (s’il en faut un) de retour à une intensification élargie de la lecture aux générations les plus jeunes va en s’amenuisant. Et ceci est particulièrement vrai aux Etats-Unis où la lecture est encore moins installée culturellement qu’en France.

Le rebond du livre-papier

Pourtant, alors que l’édition papier trainait des pieds avec une augmentation annuelle du marché de l’ordre de 1 à 3%, la crise est passée par là et a donné de nouveaux espoirs aux éditeurs avec une augmentation des ventes de 29% sur le premier trimestre 2021 !!! De toute évidence, le confinement a été un catalyseur. Mais cette tendance se poursuivra t-elle une fois que le vaccin libérera de nouveau les populations ?

Peu importe, le monde de l’édition est en ébullition et cherche désormais à ramener la jeunesse en partie dans son giron en offrant, grâce à la technologie, de nouveaux moyens d’accès à la lecture. Ou, disons-le à la manière marketing, en réenchantant la lecture grâce à la tech.

Première approche : le chunking

Qui dit temps d’attention moins important, dit livres moins longs. C’est une première approche pour les éditeurs. Réduire le nombre de pages de leurs produits. Jusque là, rien de follement original, mais ce qui l’est peut-être plus, c’est de pouvoir désormais proposer une approche plus fragmentée de la lecture avec la publication d’œuvre sur des formats numériques (via des apps) dont les les chapitres se libèrent peu à peu en payant avec des jetons.

Ce phénomène s’accompagne aussi du retour en force des fameux livres dont vous êtes le héros de nos enfances, dont l’intrigue varie en fonction des choix de lecture. Ici la nouveauté, c’est que les choix ne sont accessibles qu’en attendant qu’ils soient publiés, à l’instar d’une série télé, qui ne diffuse un nouvel épisode qu’une fois par semaine.

23 milliards de minutes

Le succès de ces approches est important : rien que sur Wattpad, une de ces applications de lecture, 90 millions de personnes passent 23 milliards de minutes à lire ce genre d’aventures. Ce qui est non négligeable.

Mais les apps ne sont qu’un moyen pour les éditeurs d’étendre leur surface de marché. Désormais, ces mêmes éditeurs tentent eux mêmes d’innover en inventant des concepts qui pourraient plaire au plus jeune lectorat. Et ils utilisent les derniers moyens technologiques à la mode pour y parvenir.

Utilisation de l’IA

L’IA, ainsi, sert non seulement à essayer de mieux prédire le succès des ouvrages édités, mais également à lire des œuvres audios. Ainsi, certains utilisent une technologie Google pour faire lire des audio-books par des voix générées synthétiquement. Les économies de coûts sont évidentes et la possibilité de passer des milliers de livres en lecture audio immédiatement possible.

Un des éditeurs les plus innovants est Hachette qui a implanté sa division innovation en plein coeur de la Sillicon Valley. Par la personne interposée de sa Chief Officer, Maja Thomas, il s’essaie à de multiples innovations dont toutes n’ont pas prouvé leur rentabilité, mais qui permettent d’explorer les nouveaux usages.

Ainsi Hachette propose-t-il une app avec Alexa, l’IA d’Amazon, qui permet à des enfants de faire des vœux, qui se réalisent sous la forme d’histoires audios. Ce n’est pas à proprement de la lecture, mais on s’en rapproche quand même en exploitant la matière texte pour créer de l’interaction.

Hachette s’intéresse aussi beaucoup au véhicule autonome pour essayer de découvrir si la lecture audio, à nouveau, pourrait constituer un marché pour les conducteurs dont l’attention et la vigilance seront beaucoup moins stimulées à l’avenir.

Et toujours l’IA

Plus fou encore, Hachette expérimente des livres dont le contenu varie en fonction de critères extérieurs, comme la météo, la géolocalisation, etc… Étonnant, non ?

La réalité augmentée est aussi exploitée. Grâce à Google Lens, Barnes & Noble peut identifier des couvertures de livre et les animer, en faisant surgir des dragons volants au dessus des pages ou bien en déclenchant une vidéo d’interview d’auteur.

Conclusion

Même si la lecture souffre beaucoup de la concurrence des nouveaux médias, les éditeurs semblent croire beaucoup en la technologie pour mieux exploiter leur fond de commerce. Des millions de livres dorment dans les placards, et toute cette matière pourraient très bien être ré-exploitée grâce à elle. Il est intéressant de voir que ceux-ci cherchent et testent, avec un certaine audace parfois, des nouveaux concepts. Et grâce à eux, il se pourrait bien que plus de jeunes reviennent à un acte, le plus enrichissant qui soit pour l’esprit.

Via Fortune : Book publishers try writing a new chapter with the help of tech

Photo par Picsea

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