Podcast #4 avec Corentin de Chatelperron, navigateur, ingénieur mais surtout innovateur !

Corentin de Chatelperron est un homme étonnant. Navigateur, ingénieur, il parcourt le monde à la recherche d’innovations frugales.

Il fonde en novembre 2013 l’association d’intérêt général « Gold of Bengal » pour porter les projets Jute Lab et Low-tech Lab

Des innovations pour changer le monde de demain dans un souci d’équité pour tous les peuples. Une approche de l’innovation à découvrir absolument !

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Olivier Sauvage : Comment transformer une idée en projet ? Un projet en produit ? Un produit en succès ?  Tels sont les enjeux de l’innovation et tel est le sujet de ce podcast que j’ai l’honneur de vous présenter. Nous essayons de répondre à ces questions avec des femmes, des hommes, des entrepreneurs, des aventuriers qui marquent le monde d’aujourd’hui.

Bienvenu sur Comment j’ai innové, le podcast de Markopolo, je suis Olivier Sauvage, entrepreneurs web depuis 20 ans et j’ai le plaisir d’accueillir sur cet épisode Corentin de Chatelperron, inventeur, visionnaire, amoureux de notre planète, alchimiste de l’innovation et présentement navigateur au repos puis qu’il a accepté de répondre à mes questions depuis le Nomade, son catamaran ancré sur les côtes du Mexique, de l’autre côté de l’Atlantique. Alors vous nous pardonnerez pour la qualité de l’enregistrement pour des raisons techniques que vous pouvez imaginer.

Comment j’ai innové épisode 4, ça démarre !

Corentin bonjour !

Corentin de Chatelperron : Bonjour !

Olivier : Je suis très content de te recevoir aujourd’hui, parce que j’ai découvert tes aventures sur YouTube dans une vidéo que tu avais faite à Bordeaux et j’ai découvert après que c’était il y a un peu plus de 8ans. Dans laquelle tu comptais ton voyage au Bengladesh, voyage pendant lequel tu as mis au point des coques de bateau en fibre de jute.

Juste avant de démarrer le podcast je vais te présenter un peu. Tu es ingénieur, né en Bretagne en 1983, tu es aussi navigateur émérite. En 2009 tu es parti au Bengladesh, en 2013 tu as continué d’innover en crée le Low Tech Lab et le Gold of Bengal, tu nous expliqueras par la suite de quoi il s’agit, en 2016 tu as lancé le Nomade des mers qui est un bateau, un voilier je pense pour partir à la recherche d’innovation locale et tu es aussi membre de la société des explorateurs français ? Je trouve ça magique et j’ai dans les yeux des explorateurs de toutes les époques.

On va parler du Bengladesh, donc en 2009 tu es parti là-bas, pour la fin de tes études peut-être ?

Corentin : Pas directement, à la fin de mes études j’ai voulu monter une boite avec un ami dans l’écotourisme mais elle n’a jamais vu le jour, mais j’ai bossé dessus pendant plus d’1 an et demi. A la fin de ces 1 an et demi, j’ai bossé avec un des potentiels investisseurs de ce truc là pendant environ 1 an, et après seulement je suis parti, donc j’avais mon diplôme depuis 2,3 ans.

Olivier : Et qu’est-ce que tu es allé faire au Bengladesh ?

Corentin : J’allais aider l’ami d’un ami à développer son chantier naval, parce qu’il y a énormément de pécheurs au Bengladesh, et ces pécheurs faisaient leurs bateaux en bois, maintenant qu’ils en ont de moins en moins, ils les font en fibres de verres. Donc ils cherchaient quelqu’un pour développer le chantier naval. Je suis parti là-bas pour faire du volontariat pour 1 an environ.

Olivier : Quand tu dis volontariat tu parles d’un service civique ?

Corentin : En bénévole, Volontariat de Solidarité Internationale, c’est un statut un peu différent du service civique mais c’est le même genre.

Olivier : Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Quand tu as découvert que les pécheurs utilisaient les coques en fibres de verre ?

Corentin : En fait la fibre de verre c’est bien pour faire des bateaux assez costauds. Et sur le chantier on faisait des bateaux insubmersibles étant donné qu’il y a beaucoup de tempêtes au Bengladesh et elles font beaucoup de morts. Vu que la fibre de verre est solide c’est pas mal mais par contre la fibre de verre et la résine pour les construire est importée et donc pas très écologiques sachant que la fibre de verre on ne sait pas quoi en faire quand elle arrive en fin de vie. Donc savoir que le Bengladesh allait créer toute une flotte comme ça je trouvais ça dommage, alors que juste à côté du chantier naval ils faisaient pousser une fibre super résistante, pas autant que la fibre de verre mais au moins le substitut pousse dans les champs. Il s’agit de la fibre de jute, c’est ce qui permet de faire les sacs à patates ou de café. Et donc j’ai commencé mes tests pour voir si on peut utiliser la fibre locale plutôt qu’importer la fibre de verre. Ce qui présentait des avantages écologiques et économiques.

Olivier : Du coup dès le départ tu avais une approche ingénieriale et économique. Puisque tu t’es aussi posé la question du modèle économique de ces coques de bateaux et de la dépendance du Bengladesh envers les technologies extérieures.

Corentin :

Oui tout est lié dans ce genre d’innovation, tu ne peux pas inventer un truc sans penser à la dimension économique

Faire un compromis entre le paramètre écolo et le paramètre accessibilité. En tout cas dans les technologies que j’étudie il y a souvent ce combat-là.

Olivier : Tu as décidé d’utiliser le jute pour faire des coques, comment se sont passées les premières recherches ?

Corentin : J’ai vraiment fait ça en mode garage, vu qu’on n’avait vraiment pas beaucoup de moyen sur le chantier. Mais j’ai des amis qui m’ont aidé, j’ai pu faire des éprouvettes avec des machines. En France on fait des recherches avec des matériaux à base de fibre de lins. Donc c’est un peu similaire. Assez rapidement je me suis dit que j’allais faire un test grandeur nature et j’ai fabriqué dans un moule des bateaux de pêches du chantier naval, un bateau qui était à 40% en fibre de jute et à 60% fibre de verre. C’était un petit bateau, parce que je n’avais pas beaucoup de moyen et c’était la seule taille de moule de bateaux disponible à ce moment-là. Il faisait 9m de long et 2m de large mais en forme de banane.

A cette époque-là j’étais persuadé qu’il y avait quelque chose à faire avec ce matériau, et donc soit je pouvais essayer de convaincre les gens, et donc monter un dossier, alors que j’avais que les éprouvettes pour convaincre soit je test grandeur nature et j’essaie d’attirer des mécènes, des sponsors et je suis rentré à la voile du Bengladesh en France à la fin de mon bénévolat.

Olivier : Et ça a pris combien de temps ?

Corentin : Avant de partir je ne savais pas combien de temps ça allait prendre vu que je n’avais pas vraiment d’expérience de navigation, et ça a pris 6 mois, avec pas mal de galère sur la route vue que c’est loin. Il faut passer le canal de Suez, la mer rouge, la méditerranée, des zones avec des vents qui ne sont pas toujours faciles pour un petit voilier comme ça.

Olivier : J’ai cru comprendre que ça avait été très compliqué au canal de Suez c’est ça ?

Corentin : On ne peut pas le passer à la voile, donc il faut un moteur et moi j’avais juste un petit moteur chinois de secours, qui se démarre à la manivelle. Et ce n’est pas un moteur marin, il sert à l’agriculture, et pour passer le canal il faut répondre à certaines contraintes. Il a fallu bidouiller le moteur pour qu’il réponde aux critiques pour passer le canal. Et au bout d’un moment ils ont accepté que je pense, je pense qu’ils ont eu pitié de moi pour un prix ridicule. Normalement tu calcules le prix de passage en fonction du volume sous l’eau du bateau – les espaces de stockages des machines. Et donc les mecs ont calculé le volume (qui était ridicule de base), ils ont enlevé le volume du moteur, de la cabine d’équipage donc il ne restait rien en fait. Et ils m’ont fait payer 40$ et m’ont dit qu’ils n’ont jamais vu un bateau payer si peu cher.

Olivier : Donc tu es arrivé en France et ce voyage c’était ta preuve de concept. Comment ça s’est passé ensuite ?

Corentin : J’ai été invité à présenter le bateau à des salons nautiques, et donc des journaux en ont parlés, et ça m’a permis en quelques mois de trouver des mécènes, ce n’était pas énorme mais ça m’a permis de clairement repartir au Bengladesh redémarrer des recherches, et de trouver des scientifiques qui se sont intéressés au truc et qui bossait dans la fibre de lin en France. A ce moment-là il n’y avait pas exemple Roland Jourdain et son équipe. Lui est un navigateur connu qui fait aussi pas mal de recherche sur les bio composites. Et j’ai pu recruter du monde, on a été jusqu’à un 15 à un moment, plus si on compte les gens du chantier naval.

Une fois que j’ai vraiment lancé le labo au Bengladesh, et que j’ai pu recruter du monde, le but c’était de créer un nouveau tissu de fibre de jute, plus résistant que celui existant déjà. Parce que si tu veux faire un matériau composite avec du sac à patates ça te donne pas du tout les propriétés que pourrait te donner la fibre de jute. Et du coup il fallait trouver une manière de tisser la fibre pour que ça donne un matériau avec les meilleures propriétés possibles.

Olivier : Et à partir de là qu’est-ce qu’il s’est passé ? Vous avez réussi à commercialiser cette nouvelle technologie ?

Corentin : Encore une fois on s’est dit, il faut une preuve de concept, pour prouver que le tissu qu’on a inventé est costaud donc on a fait un deuxième bateau, Gold of Bengal (on a aussi fait un tabouret, une planche de surf), qui est le premier bateau fait à 100% en composite de fibre de jute, donc sans aucune fibre de verre. On l’a mis à l’eau début 2013 et je suis parti le tester pendant 6 mois en mer, mais je suis resté dans le golfe du Bengale. Et à cette époque ça faisait 3,4 ans que j’habitais au Bengladesh et je commençais à m’intéressais à la Low Tech, les innovations qui naissent sous contrainte et qui permettent de faire mieux avec moins. En générale elles servent à répondre aux besoins de bases, et je vais profiter des 6 mois sur mon bateau, et je vais essayer de vivre en autonomie avec des systèmes LowTech sachant que toutes les iles sur mon trajet son des iles désertes. Je pars avec plus de nourriture au départ, j’avais un réchaud solaire, un désalinisateur manuel, un poulailler avec 2 poules, une serre à l’avant pour faire pousser des plants de patates. J’avais chargé le bateau et le but c’était de partir avec une certaine quantité de nourriture au début et de revenir avec une plus grande quantité qu’au départ.

Olivier : C’est un drôle de challenge !

Corentin : Pour moi c’était une super opportunité pour tester toutes les idées géniales que j’avais vu au Bengladesh et … ça n’a pas marché du tout. Autant le bateau en jute à super bien tenu et c’était parfait autant le coté autonomie a foiré sur pas mal d’aspect, en fait il n’y a pas grand-chose qui a marché…  

Olivier : Oh je m’attendais à une autre chute !

Corentin : Tu t’attendais à quoi ?

Olivier : Que ça marche ! Qu’ils y aient de nouvelles poules je ne sais pas …

Corentin : Désolé, par contre je suis revenu avec une idée, ce type de savoir-faire peut-être une innovation géniale, mais la plupart du temps elle restait à l’échelle locale alors qu’elle pourrait intéresser des milliers ou des millions de personnes. Et c’est là que j’ai senti qu’il manquait un vecteur de diffusion de toutes ces innovations LowTech.

Olivier : Avant de continuer est-ce que tu peux réexpliquer ce que sont les LowTech, pour que tout le monde comprenne bien comment ça se positionne par rapport aux tech habituelles.

Corentin : 

Ce qu’on appelle les LowTech ce sont toutes les techs et services qui répondent à 3 critères : utile, accessible, durable.

Utile parce que ça répond à un besoin, accessible parce que tu peux le fabriquer ou le réparer un peu partout dans le monde, et durable parce que c’est des systèmes écolo avec du recyclage et des ressources locales.

Olivier : Et là tu as décidé de créer ce fameu LowTech Lab.

Corentin : Je suis vraiment revenu du voyage avec Gold of Bengal avec cette idée qu’il manque ce vecteur de diffusion des innovations LowTech qui pourrait aider beaucoup de gens. Et en même temps internet était en train d’exploser et pourrait être ce vecteur de communication dont on avait besoin. Donc je me suis dit que c’était le bon moment pour créer ça et il fallait ratisser internet, scanner pour trouver les bonnes innovations LowTech, les documenter et ensuite les faire connaitre en en faisant la promotion. En revenant en France, j’ai rassemblé une équipe et on s’est installé dans les bureaux de fonds de dotation de Roland Jourdain et on a commencé à faire ces études même dans des langues qu’on ne comprenait pas.

On s’est rapidement rendu compte que juste en cherchant sur internet on ne verra pas si les idées sont crédibles et faisables. Il faut non seulement qu’on test les systèmes, mais il faut aussi qu’on aille voir sur place dans quels contextes les gens les utilisent, et les développes. Donc en a racheté en 2015 un grand bateau qui s’appelle Nomade des mer (un catamaran), on l’a réaménagé et on est parti depuis 2016 pour un tour du monde et on ne sait pas quand on le finira. On pensait qu’il ne prendrait que 3 ans mais ça fait déjà 5 ans. Pour aller rencontrer les meilleures initiatives et les tester.

Olivier : Et vous les diffusez sur ce site LowTechLab.com ?

Corentin : On a pas mal tâtonné pour trouver la plateforme qui nous allait mais là on une plateforme We, donc c’est collaboratif et open source. Un peu comme un Wikipédia mais version innovation.

Olivier : Et donc toutes les innovations qu’on peut trouver sur ce wiki sont open sources, comme un logiciel ? Il n’y a pas de brevet ?

Corentin : Exactement, il n’y a pas de brevet.

Olivier : Ça veut dire que si une entreprise s’en empare et fait de l’argent ça pose problème ?

Corentin : Au contraire nos success stories, c’est quand un entrepreneur local va se saisir d’une idée et la développer pour son territoire, pour nous c’est l’idéal parce que ces idées sont là pour résoudre des problèmes et répondre à des besoins locaux. Pour nous c’est l’idéal qu’un entrepreneur aime une idée la développe localement et se fasse de l’argent.

Olivier : Et justement à propos d’argent, comment toi tu vis ? Quel est ton business modèle ?

Corentin : Ça n’a pas été simple à trouver et je suis resté pas mal d’année bénévole, au fur et a mesure on a trouvé. On a plusieurs sources de revenu : on fait des documentaires pour la tv (25 pour ARTE), y a des fondations et des particuliers qui sont mécènes, plus récemment il y a eu des territoires qui nous ont rejoint (la région bretagne, la ville de Boulogne-Billancourt), et après il y a des organisations comme L’ADEM. C’était très dure au départ parce que les gens ne savaient pas ce qu’étaient les LowTech, mais c’est de plus en plus connu.

Et il n’y a avait pas de modèle économique parce qu’en général si tu veux aller faire des fours solaires en indes tu t’adresses à tel fondation parce qu’ils s’occupent de l’Asie et des fours solaires. Nous vu qu’on était des vecteurs de diffusion tech, on ne s’adressais pas à un groupe particulier, et ça ne concernait pas une techno en particulier. Et donc on était hors clou pour les fondations parce que quand on demandait de l’argent ils ne comprenaient pas ce qu’on voulait faire.

Depuis les gens ont commencé à comprendre, et les outils notamment internet se sont développer donc c’est plus simple pour expliquer ce que l’on fait. Attends je vais m’’éloigner un peu il y a un bateau qui passe avec de la musique.

Olivier : Je crois qu’il faut expliquer au gens que depuis le début, tu es au Mexique et je suis en France et en plus tu es sur un bateau.

Corentin : Oui ça explique les petits bruits qu’on entend parfois, les oiseaux, donc oui je suis dans le sud du Mexique. On est parti début 2016 et on a fait les ¾ du tour du monde en passant par l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique du Sud, Madagascar, Asie, Inde, Sri-Lanka, Singapoor, Phillipine, Taiwan, Japon, USA et la Mexique.

Olivier :  Est-ce que tu peux nous parler de quelques-unes des innovations ?

Corentin : Il y en a pleins, là on doit en avoir une cinquantaine, parmi les plus prometteuse, il y en a une que j’adore, c’est l’élevage des mouches soldats noires. Ce sont des mouches en format allongé, ce sont des mouches dont les larves sont hyper voraces et mangent tous types de déchets organiques. On a vu ça en Malaisie, il y a une ferme qui commençait une exploitation où ils allaient traiter 300 tonnes de déchets organiques par jour grâce à des larves. Et avant ces déchets étaient soit incinérés, soit mélangés avec d’autres déchets. Ils donnent les déchets aux larves qui les mangent et les digèrent (créant du compost), et après les larves avant qu’elles ne se transforment en mouches (ils en gardent pour la reproduction), ils les donnent à des élevages de poulets ou de poissons, ce qui permet d’éviter la surpêche dans le golfe du Bengale (pour faire 1kg de poisson d’élevage il faut les nourrir avec 4kg de poisson péchés), donc ça enlève énormément de pressions sur les poissons du golfe.

Ce que j’ai adoré c’est qu’il s’agit d’une techno qu’on peut appliquer à petite échelle (on le fait sur le bateau pour nos déchets organiques), et ça peut aussi marcher à grande échelle, et c’est notre objectif.

Olivier : Elles sont extraordinaires ces mouches !

Corentin : Après il y a d’autres trucs, on a vu plusieurs types d’éoliennes qui peuvent être faites avec des matériaux locaux, on a vu des systèmes de biogaz, de la culture de spiruline (micro-algue) qui demande très peu d’espaces, de ressources, qui grandit super vite et qui est pleine de protéine et de vitamines. Y en a dans tous les domaines.

Olivier : Corentin on approche de la fin de ce podcast, et depuis le début j’ai envie de te poser une question, qu’est-ce qui t’animes ? Parce que tu as un parcours assez original, extraordinaire. Qu’est-ce qui te pousse, parce qu’on sent qu’il y a une volonté d’aider les gens, rendre services et inventer.

Corentin : Quand tu me posais la question je me disais surtout

« Qu’est-ce qui me pousse à ne pas le faire surtout »

Parce j’ai un temps déterminé d’espérance de vie et j’ai envie d’en faire quelque chose et quelque chose dont je sois fier. Et pour l’instant c’est le meilleur truc que j’ai trouvé pour en être fier plus tard. C’est un peu comme un dimanche matin, soit tu ne fais rien de la journée et le soir tu te sens un peu mou, t’as rien fait de la journée et tu ne te sens pas bien le soir, alors que si tu t’étais mis un petit coup de pieds au cul pour faire quelque chose tu aurais passé une super journée et le soir tu te couches contents, tu as appris, tu as rendu service. Je vois un peu ça à l’échelle de la vie. Pour regarder derrière au fur et à mesure des années et de se dire c’est cool j’avance, je fais des trucs et ce n’est pas inutile. Depuis pas mal d’année je vois que notre génération porte un grand poids de changement de mode de vie parce que niveau écologique c’est dramatique ce qu’il se passe.

Olivier : Justement j’allais y venir à cet aspect environnemental, notre précédentes invitée Catherine Barba, quand je lui posais la question de l’innovation, elle me disait qu’elle ne la concevait pas, quelque soit le domaine sans qu’il y ai une dimension de préservation de la planète. Alors au vu de ce que tu nous as raconté je pense que ta réponse ne fait aucun doute.

Mais est-ce que pour toi l’innovation toi constamment prendre en compte les aspects environnementaux ?

Corentin : Je pense qu’une bonne proportion des innovations d’aujourd’hui est nulle dans le sens de l’écologie. Beaucoup d’innovations ne s’inscrivent pas dans un progrès qui rendrait plus sain, et plus durable notre mode de vie. Pour moi, elle devrait forcément viser à ce qu’on ai des modes de vie plus sain et durable.

Olivier : Quelles sont les difficultés que tu rencontres à transformer le monde ? Est-ce que tu trouves encore beaucoup d’opposition, d’incompréhension ?

Corentin : Oui tout à fait, au départ j’ai un diplôme d’ingénieur, je pensais qu’il suffisait de trouver les bonnes techno pour régler les problèmes. Je me suis rendu compte que non et qu’il fallait que les gens aient aussi envie de changer. Il faut que les gens aient envie d’adopter les solutions que tu apportes. J’ai mis beaucoup de temps à comprendre qu’il ne s’agissait pas uniquement de résoudre les problèmes techniques mais aussi résoudre les problèmes écologiques.

Trouver comment faire passer les gens à d’autres modes de vie, comment les convaincre, tu as beau apporter des chiffres, y a toutes une dimension de communication qui est complexe. Il faut faire en sorte que dans l’imaginaire des gens, les gens puissent intégrer ce genre d’innovation.

J’ai réalisé il n’y a pas longtemps que j’ai grandit avec des films de SF, comme le 5ème élément qui t’ancrent dans la tête une idée du futur.

Donc les voitures volantes, les décors qu’on te met dans les films de SF, et tu as une image du futur et après ça influence ton choix sur ce que tu vas acheter parce que tu vas aligner ton choix avec l’image que tu as du futur. Donc c’est un boulot énorme de notre coté pour trouver comment on va faire pour que les innovations géniale qu’on trouve, on arrive à les ancrer dans la tête des gens.

Olivier : Est-ce que ce n’est pas compliqué ça quand justement on se dirige vers le LowTech ? Est-ce que pour les gens quand tu parles de LowTech est-ce que ce n’est pas un pas en arrière ?

Corentin : Justement on essaie vraiment de lutter contre ça, que les gens ne se disent pas qu’on est un retour en arrière et qu’ils nous associent à des trucs comme la décroissance. C’est plein de chose tout à fait nouvelle. Mais c’est beaucoup plus dur pour les gens de le comprendre parce qu’on ne parle pas de High Tech (fusée, appareils connectés).

Olivier : Alors Corentin on va terminer par une dernière question. Notre dernière invitée Catherine Barba avait cité Napoléon, pour parler d’innovation. Est-ce que toi tu as une personne ou un personnage que tu admires dans l’histoire pour son côté innovateur ?

Corentin : En fait depuis plusieurs années et avec tout les gens qu’on a rencontré, c’est toujours des exemples de personnes motivantes, inspirantes et innovantes. Après si tu veux un nom j’ai récemment écouté un podcast sur Jimmy Wells, et c’est le 5ème site le plus visité du monde. Et c’est vraiment un OVNI parce qu’il ne ressemble vraiment pas au site plus visité que lui (Facebook, Google) avec des modèles capitalistes et il ne ressemble pas non plus aux sites moins visités que lui. Et ce qu’il a crée avec Wikipédia ça me donne un espoir fou sur ce qu’on peut faire avec l’innovation.

Olivier : Et bien Corentin je te remercie de m’avoir accordé tout ce temps, c’était vraiment passionnant. Je te souhaite de bien voyager sur les quelques pays qu’il te reste à visiter, puis que tu as déjà fait la majorité des pays du monde.

Corentin : Pas tous mais c’est vrai qu’à un moment il va bien falloir rentrer. Mais merci de me permettre de parler LowTech sur un podcast dédié à l’innovation ! C’est sympa de ta part.

Olivier : Avec plaisir et je te souhaite une excellent journée vu que c’est le matin chez toi et moi je vais aller me coucher et j’espère qu’on se retrouvera un jour.

Merci encore !

Corentin : Merci Olivier !

Olivier : Comment j’ai innové épisode 4 c’est terminé. Avec toute l’équipe de Markopolo on vous remercie et on espère que vous avez passé un bon moment en notre compagnie. Au prochain épisode je rencontrerai un innovateur étonnant, qui sillonne les esprits et leurs apportent du bien-être par le seul son du silence. J’ai nommé Ludovic Dujardin, fondateur de Petit Bambou, l’application de méditation aux 6 millions d’utilisateurs.

Alors ne nous abandonnez pas si vite car si vous voulez tout savoir des secrets d’innovateur de Ludovic Dujardin, abonnez-vous à notre podcast pour ne pas rater la sortie du prochain opus. Rien ne saurait nous faire plus plaisir … enfin si une chose nous ferais encore plus plaisir, c’est que si cet épisode vous a plus de le partager sur les réseaux sociaux.