Podcast #5 avec Ludovic Dujardin, fondateur de Petit Bambou

Ludovic Dujardin, entrepreneur récidiviste, hardrocker invétéré, passionné du digital et surtout fondateur de Petit Bambou, l’application de méditation aux 6 millions d’utilisateurs.

Il créé une première entreprise en 2005, Absolument Design. Puis il fonde Cobble Stay en 2006.

Il fonde ensuite LWDS en 2010 et enfin co-fonde Petit Bambou en 2014.

Comment Ludovic et son associé ont inventé Petit Bambou ? Pourquoi la méditation ? Et pourquoi une app ?

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Olivier Sauvage : Comment transformer une idée en projet ? Et comment transformer un projet en produit ? Et comment transformer un produit en succès ? Tel est l’enjeu de l’innovation et telles sont les questions auxquelles essaie de répondre ce podcast que j’ai le plaisir de vous présenter, avec des personnalités, des femmes, des hommes, des entrepreneur(e)s qui marquent de leurs pattes le monde d’aujourd’hui. 

Bienvenue sur « Comment j’ai innové », le podcast de Markopolo dédié à l’innovation et aux innovateurs(rices). Je suis Olivier Sauvage, entrepreneur du web depuis 20 ans et j’ai le plaisir d’accueillir sur cet épisode Ludovic Dujardin, entrepreneur récidiviste, hard rocker invétéré, passionné de digital et surtout fondateur de Petit Bambou l’application de méditation aux 6 millions d’utilisateurs. 

Comment Ludovic et son associé ont inventé Petit Bambou ? Pourquoi la méditation ? Et pourquoi une app ? On en parle tout de suite dans « Comment j’ai innové », épisode 5.

Ludovic, bonjour !

Ludovic Dujardin : Bonjour Olivier.

Olivier : On ne va pas forcément parler que de méditation aujourd’hui on va plutôt parler d’innovation puisqu’il s’agit du thème du podcast. Voir comment ton parcours s’inscrit dans le domaine de l’innovation. Avant de démarrer, on va faire un petit résumé de qui tu es, et de ce que tu as fait dans ta vie. D’abord tu viens du domaine de l’ingénierie, puisque tu as fait une école d’ingénieur pour démarrer. Tu es parti aux USA pendant un an pour peaufiner tes skills, tes talents, pour apprendre à parler anglais peut-être ? 

Ludovic : Oui il y a un peu de ça, c’était en 1999, c’était le moment où il y avait eu la première explosion, puis implosion d’internet, et j’étais très intéressé par la Silicon Valley. Donc à la fin de mes études je suis parti là-bas pour travailler pendant 1 an et demi. 

Olivier : 1 an et demi et après retour en France où tu reviens au salariat. Mais très vite ta fibre d’entrepreneur parle et tu crées une première entreprise en 2005, qui a 15 ans, et qui s’appelait Absolument Design, et qui était une entreprise dédiée à la vente de meuble en ligne, de meuble design c’est ça ? 

Ludovic : Oui tout à fait, tu as pris mon Linkedin pour refaire mon parcours je suppose …

Olivier : Tout à fait ! Merci Linkedin.

Ludovic : Pour être précis, Absolument design c’est la 3ème entreprise que j’ai créée mais les autres n’apparaissent pas sur mon Linkedin. J’avais commencé par une boite d’import/export de meubles, qui était pas du tout de la vente en ligne, qui a correctement marché, et je l’ai revendue. Ensuite j’ai fait une première expérience dans le E-commerce et puis j’ai créé avec un ami, Absolument Design qui est un site qui existe toujours d’ailleurs – je n’ai plus de part dedans, j’ai revendu mes participations – qui est un site de vente d’objets et de meuble design sur internet.

Olivier : Et en tout cas on peut déjà dire que c’était plutôt en avance sur son temps parce que 2005, on commençait à peine à parler de E-commerce en France, et puis se positionner sur le design c’était innovant, parce que je suppose qu’il ne devait pas y avoir tant d’autre que ça sur ce créneau. 

Ludovic : Oui c’est vrai on était assez novateur, on n’était pas les seuls sur le marché, mais c’est un marché qui m’intéressait beaucoup. Et avec un ami on s’était dit « Bon, on va aller se faire une expérience là-dedans”, et voilà donc un site internet, des fournisseurs, des entrepôts, de la logistique. On avait commencé du E-commerce avec l’ensemble du scope de ce que cela représente. 

Olivier : D’accord, après j’ai vu, toujours sur ton profil Linkedin, la création de Cobble Stay, qui est présenté je crois un peu comme une sorte de AirBnB. 

Ludovic : Exactement, et ça c’était avant AirBnB et l’idée c’était de faire de la location d’appartement en courtes durées à Paris et c’était essentiellement à destination du B2B, des gens qui venaient en RDV à Paris. On s’est dit :”Finalement l’expérience des hôtels, elle est chouette mais on peut leur faire une expérience qui est plus urbaines” et donc on avait créé ce site pour accueillir ces gens. Donc on allait voir des propriétaires d’appartements à Paris qui souhaitaient faire de la location courtes durées. Donc c’était un petit peu avant AirBnB, on a pas eu le même destin qu’AirBnB. Je ne sais pas s’ il existe encore, j’ai revendu mes participations. 

Olivier : Alors je suis allé voir, il existe encore apparemment.

Ludovic : Super !

Olivier : Il a un design un peu ancien maintenant mais il a l’air de continuer de fonctionner.

Ludovic : J’imagine que le design c’est celui que j’ai fait, donc il a peut-être 15 ans maintenant. 

Olivier : Alors je vais toujours continuer à parcourir ton profil Linkedin. J’ai vu que tu as créé un site qui s’appelait Pratique.fr, j’ai ensuite vu une société nommée LWDS, ça c’est une aventure qui a durée un peu plus longtemps. parce que ce que je comprends c’est que tu crées mais que tu ne restes pas forcément longtemps dans les entreprises que tu crées ?

Ludovic : Alors ouais, sauf Petit Bambou mais on va y venir après. Alors Pratique c’est une société que je n’ai pas monté tout seul, on était 4 associés, et j’étais plutôt suiveur sur le projet, donc c’est moi qui ai rejoint des associés qui voulaient créer ça. Et c’était une société, ça l’est toujours, qui a vocation à revaloriser le contenu de la presse. En se disant “il y a plein de contenu qui est fait sur papier, la presse est en train de souffrir du contenu qui est fait sur internet, donc on va essayer de réconcilier ça, on va mettre ces contenus sur le site, on va rémunérer les auteurs pour ça et on va faire un modèle de média, où si on a du trafic on vendra de l’espace publicitaire”. Et c’est une belle réussite parce que ça a été revendu au groupe 118 000, qui en a fait son site web, qui s’appelle le Groupe Pratique. Le nom est devenu le nom de leur groupe web. Et après LDWS c’était une société personnelle, le L c’était pour Ludo, le W c’est Web, Design Services, et au moment où ça a été racheté je suis parti de pratique pour mener ma propre marque avec quelques sites qu’on avait en parallèle. 

Olivier : Alors à ce stade j’ai une question que j’ai envie de te poser depuis le début. Je te connais depuis un certain temps et  il y a une phrase que tu m’as dite qui m’avait marqué, c’était que tu aimais bien créer des sociétés. Toi qui viens du monde de la technique, puisque tu es ingénieur, qu’est-ce qui t’a poussé à créer autant de sociétés ? Est-ce que c’est parce que tu cherchais le Graal ou plutôt parce que tu es quelqu’un d’imaginatif qui a besoin de changer rapidement ? Quel est le moteur de Ludovic Dujardin ? 

Ludovic :

J’ai un profil de bâtisseur, j’aime bien construire et ça se voit dans plein de choses dans la vie.

Alors c’est une question qui est éminemment compliquée parce qu’il y a des ramifications très psychologiques là-dedans. Savoir ce de quoi je suis fait, ce qui m’attire, quel est mon moteur ? Ce sont des choses qui changent beaucoup avec l’âge. Je pense que quand j’avais 23 ans je devais être programmé par mon éducation, par ma culture à chercher une certaine forme de succès et donc peut être une quête que je trouve aujourd’hui assez peu noble. Avec un objectif qui était assez déconnecté de qui je suis. C’est pour ça qu’il y a beaucoup d’expérience, c’est que je n’ai jamais trouvé dans tout ce que j’ai quelque chose qui me nourrisse suffisamment pour avoir envie de m’y investir vraiment. Je parle d’avant Petit Bambou parce que Petit Bambou c’est quelque chose qui est plus mature et plus connecté à ce que j’ai envie de faire. J’ai un profil de bâtisseur, j’aime bien construire et ça se voit dans plein de choses dans la vie. Je bricole, je construis des choses à la maison, je joue dans un groupe de musique. Ce qui m’amuse le plus ce n’est pas d’exécuter, d’être en concert, c’est de créer des chansons donc j’ai cette caractéristique en moi dont je n’avais pas forcément connaissance quand j’avais 20 ans. Je suis beaucoup moins gestionnaire, j’aime pas beaucoup gérer ce que j’ai créé. J’aime bien impulser des choses, les voir vivre ou les transmettre pour que d’autres qui ont plus des profils de développeur, qui ont les idées, puissent accompagner cet élan de création que j’ai pu avoir. 

Olivier : Ça fait penser un peu à une démarche artistique. Qui aime créer et voir ses bébés naviguer sur les eaux de la réussite ou de l’échec. En tout cas, les autres s’en emparent, l’utilisent et le voir grandir ensuite. 

Ludovic : Oui exactement, mais je dis ça avec beaucoup de modestie parce que je n’ai pas le talent d’un artiste. J’aimerai, j’adorerai ça, mais il y a quelque chose qui se rapproche de cette énergie là effectivement. 

Olivier : On va arriver à Petit Bambou, mais je trouve ça super intéressant ce que tu dis, sur le fait que jusqu’à Petit Bambou tu n’avais pas trouvé d’accomplissement en tant qu’entrepreneur. C’est quelque chose que je peux assez bien comprendre, puisque moi-même étant entrepreneur je suis aussi à la recherche de ça. On dérive un peu du sujet mais c’est pas grave. Je pense que l’accomplissement de l’entrepreneur il dérive un peu de ça c’est lié à la réussite commerciale qui est importante mais on doit aussi chercher quelque chose en plus dans ce qu’on fait, pour lui donner du sens. Donc quand on arrive à Petit Bambou, et je pense que tu vas nous l’expliquer, je pense que tu as trouvé ton propre sens personnel. Enfin tes aspirations personnelles collent avec tes aspirations d’entrepreneur. 

Ludovic : Absolument, mais dire que quand j’ai créé Petit Bambou, je pensais que ça serait aussi accomplissant pour mon chemin d’homme, ça serait faux. Ça c’est aussi construit avec Petit Bambou, souvent on essaie de revenir au sens profond de ce qu’on a fait avec Benjamin, mon associé. Parce qu’on est tous les deux des fondateurs. Parce que je suis co-fondateur. 

Olivier : Alors j’allais le dire, en 2015 tu crées avec ton associé Benjamin Blasco, Petit Bambou.

Ludovic : Oui, Petit Bambou c’est la rencontre de deux démarches. Benjamin était probablement dans une démarche proche de la recherche de la quête de la réussite. Il a pas mal changé, on a pas mal changé, notamment au travers de la pratique de la méditation.

Et moi j’étais dans la suite d’un projet que j’avais créé qui s’appelait déjà Petit Bambou, avant que Benjamin vienne, et qui était seulement un média sur Facebook et qui visait à refaire apprécier les petits moments de la vie à chacun. C’était simplement des petites phrases que je lançais pour se dire par exemple que quand on est en voiture et qu’on est pressé et qu’on s’arrête pour laisser passer quelqu’un. On pense qu’on a un acte altruiste pour laisser la personne passer, ce qui est vrai, mais on s’est fait aussi beaucoup de bien en  se ré-appropriant cette sensation de “c’est chouette je me suis dérangé pour l’autre” et cette partie là fait beaucoup de bien.

Donc j’étais dans cette expérience là, et Benjamin est venu me voir en me disant que la méditation est très connectée à ce genre de démarche, parce que la méditation est une pratique qui va nous permettre de revivre pleinement ces sensations là. Et donc il m’a dit que ça serait génial de faire avec ta démarche plus de la méditation, une aventure entrepreneuriale. Je l’avais regardé un peu avec des gros yeux, mais j’ai une grande confiance en Benjamin et en son intelligence. 

Olivier : On a même pas expliqué ce que c’est Petit Bambou, alors je vais le faire à ta place. C’est une application de méditation, on y reviendra après dans le détail pour dire ce qu’est une application de méditation. Parce que j’avoue que j’ai découvert Petit Bambou il y a longtemps, et au départ j’étais dubitatif aussi, parce que je me disais “Comment on peut mettre de la méditation sur quelque chose qui est l’opposé de la méditation c’est-à-dire, le téléphone”. Le succès est carrément au rendez-vous puisque je suis allé chercher des chiffres, je ne sais pas si ce sont les bons mais j’ai vu 6,3 millions d’utilisateurs dans le monde (40 pays). L’application est en français à l’origine et  traduite en Anglais, Allemand, Italien et en Espagnol. C’est je pense l’application leader de méditation en France. 

Ludovic : Et en Europe !

Olivier: tu peux donner d’autres chiffres si tu veux. 

Ludovic : Oui alors il se trouve qu’on a 10 000 nouveaux utilisateurs par jour, ce qui fait qu’aujourd’hui on est à 6,9 millions d’utilisateurs, ça change tout le temps. Et on vient de sortir une nouvelle langue depuis 3 semaines, le néerlandais, mais on a pas encore communiqué là-dessus. 

Olivier : Après, j’allais te demander qu’est-ce qui t’a donné envie de créer l’application, mais tu en as déjà un petit peu parlé. Mais la question qui me vient, c’est, est-ce que créer une application de méditation a rencontré des oppositions ? Ce que j’imagine, c’est qu’avant de connaître la méditation j’avais un peu une sensation de Bullshit, de truc de bobos. En tout cas, je le voyais un peu comme ça et je dois avouer que je suis venu à la méditation au travers de Petit Bambou parce que je me suis dit que je ne risquais rien, je peux l’essayer gratuitement. Et j’ai été convaincue comme ça. Comment ça c’est passé quand vous avez lancé Petit Bambou ? 

Ludovic : Quand on a lancé Petit Bambou on a eu énormément de réticence, à commencer par la mienne. Je te le disais tout à l’heure quand Benjamin est venu me voir avec la méditation j’ai eu un mouvement de recul, en me disant “Qu’est-ce que c’est que ce truc ?” avec les mêmes arguments que tu viens de dire. Ecolo-bio, bobo, le truc un peu new-age qui va s’essouffler aussi vite que c’est apparu. Mais comme toi j’ai pratiqué et j’ai la même expérience donc j’ai pas grand chose à dire de plus en fait. Il suffit de pratiquer pour se rendre compte de ce que cela fait. La méditation est là depuis 3 ou 4 000 ans on a rien inventé. On a juste donné l’accès à un contenu de méditation de qualité via un outil que tout le monde a dans sa poche qui sont les smartphones. Donc on a participé à cette démocratisation de la méditation. Je suis convaincue que c’est un outil qui devient nécessaire dans notre société, parce qu’on a des vies qui se sont accélérées. On est pas mal déconnecté de nos émotions, de nos sensations, par le rythme effréné qu’on connaît dans le monde. C’est pas quelque chose qui va soigner, mais va permettre de nous rééquilibrer dans ce monde dans lequel on vit. Et le succès ne le dément pas du tout. Il y a de plus en plus de monde qui se met à la méditation, c’est relayer par des figures très charismatiques … 

On a juste donné accès à la méditation via un outil que tout le monde a dans sa poche…

Olivier : Christope André, qui est sponsor chez vous je crois ?

Ludovic, Il est pas sponsor, il rédige et il a fait des programmes chez nous avec sa propre voix, donc on l’a enregistré. Ce qui est une consécration pour nous, parce que sur le marché français Christophe André c’est celui qui a démocratisé la méditation. C’est génial parce qu’on avait la même intention, rendre la méditation accessible. Lui il l’a fait via des livres et des CD, il l’a fait aussi via pas mal d’interventions. 

Olivier : Il fait pas mal d’interventions sur France Inter.

Ludovic : Exactement, au début il a dû se dire “c’est qui ces gars qui font de la méditation sur smartphone ?”. Je ne sais pas, je ne vais pas lui faire un procès d’intentions mais je serais lui, je me serais dit ça. Et puis on s’est quand même pas mal fréquenté dans le monde de la méditation, puis il a fini par avoir cette volonté de participer avec nous à cette démocratisation de la méditation. Je ne te cache pas qu’on a sorti une bouteille de champagne ce jour-là. 

Olivier : Juste qu’on comprenne bien ce qu’est une application de méditation. Et ce que c’est que la méditation parce que je pense que c’est important qu’on en parle. Souvent je pense que les gens qui ne connaissent pas la méditation en ont une idée très très vague, déformée, alors que c’est quelque chose de très simple dans le fond. 

Ludovic :

C’est un outil pour se ré-entrainer l’attention

Alors oui c’est quelque chose de très simple, qui a pleins de définitions et au final personne n’arrive vraiment à l’expliquer. Mais j’aime bien au moins commencer par cette définition là “ C’est un outil pour se ré-entrainer l’attention”. Finalement on est perturbé par énormément de choses au quotidien, to do list etc.. Et la méditation c’est un outil qui nous apprend à focaliser notre attention sur ce sur quoi on décide de la focaliser. C’est encore compliqué comme définition mais je vais prendre un exemple très parlant : Quand je conduis mon fils à l’école, j’ai sa petite main dans ma main et que j’arrive à me connecter à ce moment où je vais conduire mon fils à l’école, je ne passe pas à côté de ce moment, alors que je pourrais me dire “qu’est-ce que je fais faire pour Petit Bambou ? etc”

Olivier : La méditation c’est vraiment revenir à soi, être présent à soi. Quand je dis ça j’ai l’impression de comprendre, parce que j’ai fait de la méditation, mais quand on dit ça c’est pas forcément facile à comprendre. Mais au final c’est je suis présent, dans l’instant présent. C’est ce qui est répété à longueur de temps dans la méditation. 

Ludovic : Et en réalité on se rend compte d’à quel point on peut être absent. J’ai plein d’exemples comme ça où je suis dans un concert d’une musique que j’aime bien et je suis en train de penser à autre chose et je ne suis pas en train de vivre ce moment, et la méditation c’est un outil qui nous permet de réapprendre cette faculté de vivre le moment dans lequel on est.

Olivier : Ça permet de rentrer dans sa propre vie en fait. 

Ludovic : Exactement. 

Olivier : On est souvent absent, il suffit de penser aux réseaux, par exemple lorsque l’on est sur son ordinateur, on a des pensées qui sont happées par les réseaux sociaux, et on ne se concentre plus sur ce qu’on fait en réalité. 

Ludovic : C’est tout à fait ça. C’est vraiment un apprentissage, on ne règle pas ça mais acquiert cette compétence de focaliser son attention sur ce qu’on veut. 

Olivier : Ça permet de muscler son cerveau. Le concentrer sur ce qu’il doit faire et pas sur autre chose qui l’emmènerai dans un autre monde.

Ludovic : Et on avait probablement moins besoin de ça au début du siècle, enfin le début du siècle dernier. Parce qu’on était moins distrait, on avait moins de tâches, moins de sollicitations, moins de notifications.  L’essor de la méditation vient aujourd’hui en compensation de cette sur-activité, de cette sur-sollicitation.

Olivier : C’est pas du tout un hasard si il y a une aspiration très forte des gens à vouloir aller vers des techniques de méditation. 

Ludovic : C’est un outil qui est utile pour plein de choses. On voit des tennismen professionnels qui en parlent aussi, parce que si au moment de frapper une balle de match ils sont focalisés sur autre chose ou sur leurs peurs ou leurs gestes ils perdent de la performance. La méditation c’est quelque chose qui a vraiment un très large domaine d’application. 

Olivier : On l’a pas dit non plus mais concrètement l’application c’est quoi ? Je me souviens que je l’avais téléchargé mais que je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Et en fait c’est très simple. Qu’est-ce qu’il y a dans cette application quand on l’ouvre ?

Ludovic :  Déjà, il y a un petit logo avec un petit moine qui vous fait prendre 7 secondes pour respirer, j’aime beaucoup cette expérience. Tous les codes des applications disent qu’elles doivent s’ouvrir vite et ne pas faire attendre l’utilisateur, nous on a décidé de prendre un peu de temps, de laisser les gens respirer. Finalement, de commencer l’activité de méditation.

Ensuite on propose des programmes de méditation, c’est un modèle Freemium, il y en a pour les enfants, les adultes. Il y a  quelques méditations de Christophe André en accès libre. Et l’idée c’est qu’il y est assez de matériel de méditation en accès gratuit pour que l’on puisse se dire “ Ok je choisis d’inviter la méditation dans ma vie, je choisis de m’abonner pour accéder à plus de 900 leçons de méditations sur pleins de sujet” ou alors de se dire “Non c’est très bien, je vais pas dépenser d’argent, j’ai juste essayé et peut-être que j’y reviendrai un jour ou pas”.

Olivier : Concrètement, quand on va dans Petit Bambou ce qu’on a c’est des gens qui vous parlent, vous expliquent des choses, et on reste silencieux, immobile dans certaines positions et on écoute ces gens. On apprend à méditer, et au bout d’un moment il y a un miracle qui se produit je trouve.

Ludovic :

Si on se dit “C’est bon je vais méditer et dans 2 jours ça ira mieux, et je dormirai mieux et ça va passer” généralement on se trompe de chemin

Écoute je suis ravi que tu aies eu cette expérience là, j’ai eu la même en fait. J’aime bien que tu le dises parce que ça valorise la méditation, mais je pense qu’il ne faut rien en attendre. C’est un entraînement de son attention pour se réinviter dans sa vie. Mais si on se dit “C’est bon je vais méditer et dans 2 jours ça ira mieux, et je dormirai mieux et ça va passer” généralement on se trompe de chemin. C’est plutôt inviter doucement cette pratique dans sa vie, puis constater ce que ça fait pour nous. Et ce que ça apporte c’est pas la méditation qui l’apporte, c’est ce que l’on apporte dans nos propres vie via l’outil qu’est la méditation, et d’autres outils. 

Je parlais d’enregistrement audio, on se met avec son casque dans un endroit où on ne sera pas trop dérangés pour pouvoir vivre la méditation. Et c’est une invitation à ne rien faire d’autre que de rester là et de suivre les instructions qui ne sont pas beaucoup plus compliquées que de juste respirer. Normalement ça va on sait tous faire. Y a ça, y a aussi un peu de cadence cardiaque, de la pédagogie expliquée par des dessins animés sur des concepts de méditations.

Olivier : On va revenir sur la genèse de l’application, parce qu’on a encore beaucoup de choses à se dire. Assez rapidement peut-être, est-ce que la première version a été difficile à développer ? Comment ça s’est passée ? 

Ludovic : Non j’ai trouvé que c’était assez simple en fait, Benjamin s’est chargé de la partie contenu et pédagogie, et je me suis chargé au début de toute la partie structure. Donc on a travaillé 6 mois en sous-marins dans nos chambres respectives. 

Olivier : Donc c’était pas dans un garage. Parce que souvent les gens racontent que ça a commencé dans un garage.

Ludovic : C’est un peu le mythe de la Silicon Valley, non moi c’était dans ma chambre et Benjamin aussi. Et j’ai un très bon ami qui est un très bon développeur d’applications sur IOS, c’est un ancien d’Apple. Donc lui il a travaillé comme consultant chez nous et donc en 7 mois on avait un MVP. Donc une appli qui fonctionne avec des cours de méditation. Et l’accueil des premiers utilisateurs a été extraordinaire.

Olivier : Ça tombe bien j’allais te poser la question tu me devances. 

Ludovic :  Et donc les gens se sont dits enfin de la méditation de qualité. Bon je suis un peu biaisé, mais on a vraiment essayé de faire de la très grande qualité donc ça a été perçu comme ça. “Enfin du contenu de méditation de qualité accessible n’importe où, depuis le smartphone”. 

Ça a toujours été nos guides : qualité, simplicité. Quand on a créé Petit Bambou, la qualité notamment pour la méditation, on voulait du contenu de méditation excellent, donc on a travaillé avec des instructeurs de méditation tous certifiés, donc on aimait la démarche, l’énergie. Et simplicité d’accès du contenu et simplicité d’utilisation de l’app. 

Olivier : Le modèle économique de Petit Bambou on n’en a pas parlé. Tu disais que c’était un modèle Freemium, après on passe à un modèle d’abonnement c’est ça ? 

Ludovic :

On veut que les gens qui veulent inviter la méditation dans leurs vies n’aient pas à dépenser plus du prix d’un sandwich par mois

C’est ça. Ça commence à 5 euros par mois, j’ai coutume de dire que c’est la moitié d’un paquet de cigarettes. On a voulu ça assez bon marché. On veut que les gens qui veulent inviter la méditation dans leurs vies n’aient pas à dépenser plus du prix d’un sandwich par mois. On a aussi le droit de s’abonner et de se désabonner très vite. Tout va bien, on peut venir et repartir pour 1 mois, 2 mois, c’est tout à fait ok. Le contenu gratuit permet de s’inviter à la méditation de comprendre ce que c’est, et on peut arrêter, c’est très bien, on peut se dire tiens je vis une expérience de deuil, j’ai besoin d’un accompagnement et bien il y a des programmes de méditation sur le deuil. 

Olivier : Le modèle économique vous avez trouvé rapidement, est-ce que vous avez fait un business plan par exemple ? 

Ludovic : Non, en fait si. Il y a eu deux énergies différentes. Benjamin venait plus du monde salarié. Donc il s’est dit une start-up = un business plan, un business model. Et moi qui venait plutôt du monde de l’entreprenariat, j’avais pas envie d’avoir un business plan au dessus moi, avec des chiffres qu’il faudrait atteindre, ou me justifier de pourquoi j’y arrive pas ou de me gargariser parce que j’ai été plus haut. Donc les discussions ont été assez amusantes, parce qu’il faisait des modélisations et je me souviens que les modèles qu’il avait écrits se sont avérés corrects, étonnament. Les facteurs étaient faux mais se compensaient et donc on était sur la courbe, ce qui me fait dire qu’il est assez smart mon associé.

On n’a pas eu à se poser beaucoup de questions parce que étant donné que l’accueil a été très très bon, notre projet s’est autofinancé.  

Olivier : On en a pas parlé mais vous n’avez pas eu de levée de fonds du coup ? 

Ludovic : On n’a pas levé de fond du tout. On a fait un roadshow 9 mois après le lancement de l’application. Ce qui a été un échec. On a été présenter le projet face à des investisseurs et personne ne nous a donné de second rendez-vous, même si l’app fonctionnait bien. 

Olivier : Ce qu’on voit très bien avec Petit Bambou c’est que c’est la rencontre entre une application et une aspiration sociétale. Parce que son succès répond à une aspiration du public. Est-ce que quand on crée une société avec un service innovant on doit être à l’écoute de la société ? Et est-ce que quand on est un innovateur on doit avoir des pensées développement durable, environnement, inclusivité ? Est-ce que c’est indissociable de l’innovation ?

Ludovic :

Je pense que pour innover il faut être bien connecté avec soi-même, avec ses valeurs.

Alors je ne crois pas que ce soit indissociable, il faudrait mais en vrai je pense qu’on peut innover sans ces valeurs là. Je pense que pour innover il faut être bien connecté avec soi-même, avec ses valeurs. On peut très bien faire une application sur la méditation en ayant une stratégie totalement différente, comme des concurrents américains l’ont fait par exemple. Nous la chance, c’est de ne pas avoir levé et de ne pas avoir eu de perturbateurs. Et donc on a eu l’occasion de faire exactement ce que l’on voulait. Il faut évidemment écouter la société, le marché sinon on peut innover dans le vide et ça ne rencontre jamais personne.

Mais en même ne pas trop écouter pour pouvoir rester au contact de ses convictions. Par exemple, dans les Simpsons, Homer rencontre son beau-frère qui est constructeur automobile et son beau-frère dit qu’il faut écouter le marché et que Homer va designer la voiture du futur. Évidemment Homer va créer une voiture où on peut griller des côtelettes dans la boîte à gants et ce genre de chose. Donc à trop écouter le marché on peut tomber dans certains travers. 

Notre chance c’est de ne pas avoir levé de fonds, et d’avoir pu faire exactement ce qu’on voulait

Olivier: C’est une bonne remarque. Petit Bambou c’est une petite société, je crois que vous êtes 13. 

Ludovic : On est 18 maintenant. 

Olivier : Ça reste une petite société. Mais s’il y a des gens de grosses sociétés qui bossent chez Total  Channel … L’innovation c’est compliqué, ça prend du temps, les gens innovants on les écoute pas forcément, il faut faire des études de marché parfois elles sont à côté de la plaque. Est-ce que des gens comme Ludovic Dujardin, avec une forte personnalité ne pourrait pas aider ces entreprises à innover ? Parce que c’est compliqué de transposer l’innovation dans des grosses entreprises. 

Ludovic : C’est assez compliqué pour moi de répondre parce que je n’ai pas été salarié longtemps. Mais il y a quelque chose qui me vient en tête c’est que si quelque chose peut tuer l’innovation, va arriver pour tuer l’innovation, ça va arriver. Donc il faut s’abstraire de ça. Donc effectivement si on a une hiérarchie dans ces grosses boites qui peut tuer l’innovation, et qui n’est pas très innovante elle-même alors ils vont tuer l’innovation des innovateurs qui sont plus bas, donc ça devient très compliqué. Et je ne veux pas déprimer les gens qui nous écoutent. Je pense qu’il faut des sponsors dans l’innovation parce que les gens dans la hiérarchie qui ne peuvent être convaincus que par l’adéquation des valeurs le seront par une vraie conviction. En somme, il faut du caractère. 

Olivier : Est-ce que Petit Bambou continue d’innover aujourd’hui ? 

Ludovic : C’est une très bonne question, parce que vu qu’on a une croissance très forte on met beaucoup d’énergie pour suivre et supporter cette croissance. Mettre en place les services, s’assurer du bon fonctionnement, on a des américains qui viennent nous déclarer la guerre alors que nous on a pas du tout envie de s’armer. Donc on doit prendre des décisions qui ne sont pas du domaine de l’innovation. Donc ça me frustre un peu. Cependant, on est en train de retrouver cette énergie et ça me fait plaisir. On regarde comment faire une fonctionnalité B2B. Et j’ai plein d’idées là dedans. 

On veut vraiment apporter le meilleur service sans penser à la dimension économique dans un premier temps. Je veux créer des choses qui servent les gens, je ne veux pas gagner des parts de marchés. Je veux que les gens utilisent la méditation.

Olivier : J’aime bien cette question parce qu’elle fait souvent ressortir des choses amusantes. Est-ce qu’il y a une personne dans l’histoire qui représente le plus l’innovation ?  

Ludovic : Oui, Jimmy Hendrix, qui a réinventé une façon de jouer de la guitare, il était gaucher, il a prit une guitare de droitier, il a changé les cordes de sens, il a inventé un nouveau style et il s’est abstrait de toute convention pour libérer son art créatif avec un instrument qu’il aimait très probablement. Il a été très très loin dans la disruption créative et innovante de l’utilisation d’un instrument, et pour moi c’est un musicien totalement extraordinaire sur ce point-là. Pour moi, Jimmy Hendrix symbolise l’innovation. 

Olivier : Dernière question beaucoup plus classique. Est-ce que tu as un conseil que tu voudrais donner aux entrepreneurs pour réussir ? 

Ludovic : Faire du travaille sur soi pour rester connecté à soi. L’expérience entrepreneuriale peut nous balloter, vers l’égo, vers le succès, vers l’échec, vers pleins de dimensions et continuer à travailler sur soi pour savoir ce qu’on cherche, pour ne pas se perdre en chemin.

Olivier : Très bien, merci Ludovic, on vient de terminer. C’était vraiment très intéressant. 

Ludovic : Merci à toi. 

Olivier : Comment j’ai innové, c’est terminé, au nom de toute l’équipe de Markopolo, je vous remercie de votre écoute, si vous l’avez aimé « likez » le, partagez le rien ne nous ferait plus plaisir. Au prochain épisode je rencontrerai un entrepreneur emblématique, passionné de jeux vidéo puisqu’il a fait toute sa carrière dedans, Nicolas Gaume.  D’ici là, bonnes innovations !