Podcast #6 avec Maryne Cotty-Eslous, fondatrice de Lucine

Maryne Cotty-Eslous, chercheuse, entrepreneuse, scientifique.

Directrice de la recherche chez ALOGIA d’août 2015 à juillet 2017.

Membre du conseil national du numérique de mai 2018 à décembre 2020.

Elle fonde Lucine en 2017, qu’elle dirige toujours à ce jour. Lucine est une entreprise qui développe une application mobile qui permet d’analyser, de mesurer et de soulager les douleurs chroniques des patients.

Pour écouter l'épisode

Si vous préférez lire qu'écoutez !

Olivier Sauvage : Comment transformer une idée en projet ? Comment transformer un projet en produit ? Et comment transformer un produit en succès ? Tel est l’enjeu de l’innovation et telles sont les questions auxquelles ce podcast que j’ai l’honneur de vous présenter essai de répondre. Avec des personnalités, des femmes, des hommes, des entrepreneurs et entrepreneuses, des aventuriers et aventurières, des inventeurs et inventeuses, qui marquent de leurs pates le monde d’aujourd’hui et le transforme pour nous donner à tous un avenir plus enchanteur, plus sobre et plus radieux. Bienvenue sur Comment j’ai innové, le podcast de Markopolo dédié à l’innovation et aux innovateurs.

Je suis Olivier Sauvage, un des associés fondateurs de Markopolo, et j’ai le plaisir d’accueillir sur cet épisode Maryne Cotty-Eslous, entrepreneuse, scientifique, et fondatrice de Lucine, une application encore en développement, qui promet à ses utilisateurs d’apaiser leurs douleurs chroniques.

Comment une application peut-elle apaiser la douleur ? Pourquoi s’être lancé dans un tel projet ? En quoi est-ce innovant ? On en parle tout de suite dans Comment j’ai innové épisode 6.

Maryne Cotty-Eslous bonjour !

Maryne Cotty-Eslous : Bonjour !

Olivier : Bienvenue sur Comment j’ai innové, puisque c’est le titre de notre podcast. Maryne tu es chercheuse avant tout, entrepreneuse, ex-membre du conseil national du numérique je crois, puisque tu as été membre de 2018 à 2020 donc ça s’est arrêté récemment.

Maryne : Ça s’est arrêté au mois de décembre.

Olivier : Et aujourd’hui si tu es sur notre podcast c’est pour parler de ton entreprise Lucine, créée en 2017 et que tu diriges également. Lucine qui développe une application mobile qui permet d’analyser, de mesurer et de soulager la douleur chronique des patients. Je pense que c’est important de le rappeler parce que peu de gens le savent, Lucine fait partie de ces solutions qu’on appelle les Digital Therapeutics, on dit apparemment DTX c’est bien ça ?

Maryne : C’est bien ça. Thérapie numérique ou Digital Therapeutics effectivement, et les trois petites lettres c’est DTX.

Olivier : Et donc ce sont des thérapies digitales, à base de numérique j’imagine, qui fournissent aux patients des solutions thérapeutiques qui sont donc conduites par des logiciels, pour traiter tout un éventail de symptômes, de pathologies physiques, mentales et comportementales. C’est donc un vaste sujet.

Alors on va parler tout de suite de l’application Lucine. Est-ce que tu peux nous dire très concrètement à quoi elle sert ? A qui elle s’adresse ? Et comment elle fonctionne ? J’avoue que je n’ai pas pu l’essayer et donc cela reste un mystère pour moi.

Maryne : C’est une solution qui, comme tu l’as très justement dit s’adresse aux patients qui souffrent de douleurs chroniques, je vais faire un petit rappel. La douleur chronique c’est le fait d’avoir mal de façon régulière depuis au moins 3 mois. C’est ce qui qualifie la douleur chronique. Et aujourd’hui ça correspond à environ 25% de la population mondiale. Donc on est vraiment sur un nombre de patients conséquent. Qui comme tu l’as rappelé, ont peu ou pas de solution pharmaceutique ou non-pharmaceutique pour les accompagner dans leur quotidien, et faire en sorte que leur identité ne soit pas juste celle de quelqu’un qui souffre mais celle de quelqu’un qui fait autre chose. Cette solution a donc vocation à s’adresser à ces patients-là. Et non pas à des patients qui ont des pathologies particulières mais à partir du moment où on a mal de manière chronique Lucine peut faire quelque chose. Lucine tu l’as dit c’est un DTX, une application mobile.

Imaginons que tu as une migraine, ou mal au ventre, ou au dos de manière chronique et tu as une crise importante, tu vas prendre ton portable, cliquer sur l’application Lucine et là il va se passer deux choses. La première, c’est qu’on va t’étudier, on va essayer de comprendre comment et pourquoi tu as mal. C’est un élément important parce que la douleur est un élément très subjectif, même subjectif d’un point de vu biologique. Donc on va poser quelques questions, faire de la reconnaissance faciale, vocale et posturale avec la caméra du smartphone et en récupérant ces informations on va récupérer ton profil. Ce qu’on appelle le profil de modulation de douleur. Un petit peu l’équivalent d’un profil génétique mais spécifique pour la douleur. Une fois qu’on a ton profil, ça part dans notre cloud, dans lequel tu as des procédures thérapeutiques qui peuvent être des sons, des images, des lumières, des procédures cognitives et qui vont en fonction de ton profil agir sur différent facteurs.

Olivier : J’anticipe peut-être un peu mais le patient déclare le type de douleur qu’il a ou pour l’instant ça ne s’adresse qu’à un seul type de douleur ?

Maryne : Pour l’instant ça s’adresse à toutes les douleurs. On ne va pas faire de différence entre douleur inflammatoire, arthrosique, migraineuse. On va juste considérer qu’à partir du moment où tu as de la douleur chronique, c’est l’élément de base, et on va agir sur l’élément biologique qui est l’élément commun. Et notre procédure va juste s’adapter en fonction de tes spécificités, mais je n’ai pas besoin de savoir si tu as de la douleur neuropathique ou arthrosique, j’ai juste besoin de savoir que tu as de la douleur chronique pour agir.

Olivier : J’anticipe sur mes questions suivantes mais comment vous faites pour reconnaitre le type de douleur ? Je comprends bien qu’il y a des infos qui remontent dans le cloud, mais il y a une IA derrière ? Vous avez entrainé une IA pour reconnaitre ces douleurs ?

Maryne : Une IA est un bien grand mot. Je considère qu’aujourd’hui ça n’existe pas, il y a des calculs mathématiques complexe et cela s’arrête là. En gros c’est assez simple, quand tu souffres de douleurs chroniques, quel que soit ton type de douleurs, dans la moelle épinière et dans le cerveau tu as toujours un peu le même chemin qui va s’opérer.

Il faut imaginer que tu as deux équipes de rugby dans ta moelle épinière et ton cerveau. Tu as un ballon qui arrive, c’est le message douloureux, et il y a une équipe qui a pour boulot de faire passer le message le plus vite possible dans ton cerveau parce que la douleur c’est un signal d’alerte à la base. Donc leur boulot c’est d’exciter le message de la douleur, pour qu’il soit le plus intense possible et le plus rapide possible. A l’inverse l’autre équipe est là pour ralentir le message parce que s’il arrive trop vite tu peux tomber dans les pommes, il peut t’arriver des choses très désagréables donc leur boulot c’est que le message n’arrive pas trop vite. Et quand tu ne souffres pas de douleurs chroniques, que tu n’es pas malade de la douleur c’est que les deux équipes sont plutôt équilibrées. Quand tu souffres de la douleur chroniques (ce qui est le cas pour 80% des malades de la douleur chronique), et bien tu as un dysfonctionnement dans un sens ou dans l’autre. Et donc quelle que soit ta typologie de douleur, c’est le même fonctionnement pour tout le monde. Nous notre boulot c’est d’identifier quelle équipe à un problème.

C’est ce qu’on va regarder, et on a remarqué qu’en posant quelques questions, en regardant comment tu vas exprimer ta douleur, en reconnaissance faciale ou posturale, on peut faire des corrélations, et en faisant ces corrélations on peut poser l’hypothèse d’une typologie de profil.

Olivier : Grâce à la reconnaissance faciale ? On peut voir ça au travers d’un visage ?

Maryne :

on a vu qu’il y a des corrélations dans la manière dont on exprime la douleur

C’est ce qu’on essaie de faire, c’est-à-dire qu’aujourd’hui la base de données est en construction et on a vu qu’il y a des corrélations dans la manière dont on exprime la douleur. Donc on utilise la reconnaissance faciale mais on garde les questions pour faire une typologie multi-modale. On prend des dizaines de typologie de données différentes pour avoir une corrélation qui soit la plus proche possible de la réalité. Donc on va prendre de la reconnaissance faciale, mais on va aussi prendre quelques questions, si la personne à une montre connectée on va prendre son rythme cardio-vasculaire et son rythme respiratoire, parce que ce sont des indicateurs également. Si la personne est d’accord on va pouvoir prendre sa mobilité via son téléphone, et en cumulant ces informations on va pouvoir faire des corrélations statistiques.

Olivier : Donc ça c’est la partie compréhension du problème. Et la partie résolution ? Encore une fois je n’ai pas vraiment compris comment ça marche cet « audit » de la personne.

Maryne :

Dans cet audit de la personne tu as 3 grands éléments. Le 1er c’est cette équipe qui est surexcitée, le 2ème c’est l’équipe qui est censée freiner mais qui est un peu faible et le 3ème c’est le système affectif de la douleur.

Parce que sinon ce serait trop facile. Donc tu as ton message qui passe entre les deux équipes, qui monte dans ton cerveau et dans ton cerveau c’est l’apothéose, le message va être transformé en fonction de l’environnement capté par tes sens, en fonction de l’environnement intérieur (tes émotions), il va aussi être modulé par ta mémoire, donc la mémoire dont tu as encodé toute ta vie la manière dont tu dois exprimer ta douleur. Donc c’est lié à ton éducation, à ta culture, à tes premières expériences de la douleur. Ça va donc moduler la douleur, et redescendre dans les deux équipes. En fonction de chaque patient on va déterminer quelle équipe à un problème, parfois il s’agit des deux. Et on va regarder les spécificités dans ton système affectif. Ça remonte donc dans notre cloud.

Bon je caricature mais par exemple on va avoir un son dans notre base de donnée et on sait que ce son, cette fréquence-là, si tu l’écoutes 3 minutes ça va créer des neurotransmetteurs donc enclencher une réaction chimique qui va faire que l’équipe de surexcité va se calmer. On sait aussi que si tu regardes une lumière bleue ou rouge plus de 5 minutes en entendant ce son-là. On sait que ça va booster ton équipe qui est sensé freiner le message. Bon là je t’ai donné 2,3 exemples, mais on va analyser 4,5,6,7,10 éléments biologiques qui correspondent à des cibles biologiques dans la moelle épinière et en face tu vas avoir 1,2,3 parfois 100 sons qui vont pouvoir enclencher les réactions neurologiques qu’on a envie d’enclencher.

Olivier : Je suis assez surpris, parce que je dois dire que cela a l’air riche, dense, on a l’impression qu’on peut à la fois régler plein de problème avec pleins de solutions différentes et du coup ça éveille ma curiosité. Et je me demande combien il y a de personnes qui travaille chez Lucine, et c’est quoi le profil des gens qui y travaille. Parce que la quand tu m’en parle je me dis qu’il doit y avoir une somme de connaissance à rassembler sur la psychologie humaine qui est simplement ahurissante.

Maryne :

Chez Lucine on est 40, alors même que l’entreprise a 1 an et demi.

Tout à fait. Déjà, même si l’entreprise Lucine a été crée en Mars 2017, on a commencé à travailler sur le projet en 2012-2013, donc ça fait plus de 6 ans qu’on travaille. On va quasiment être aussi long qu’un médicament en termes de temps de création. Chez Lucine on est 40, alors même que l’entreprise à 1 an et demi. On est 40 collaborateurs et tu vas avoir deux mondes différents. Un côté scientifique, donc des anthropologues, des sociologues, des psychologues, des physiologues, des neurophysiologistes, des professionnels de santé, des data scientists. Et de l’autre tu as une équipe de production tout ce qu’il y a de plus normal parce que cela reste une appli. Donc des designers, Front et Back. On travaille également avec de la réalité virtuelle donc tu as des designers comme tu en as chez Ubisoft. En 3D, 2D et sons. Donc la partie science qui fait des recherches, se nourrit, fait des hypothèses et transforme les hypothèses en cahier des charges, une fois que les hypothèses auront été testées en laboratoires. Ensuite, c’est transformer en cahier des charges et donné à l’équipe de production qui fabrique un prototype.

Olivier : Est-ce que vous travaillez avec le monde entier ? Je pense à l’équipe de recherche, est-ce qu’elle travaille avec des données de recherche uniquement en France ou dans le monde entier ?

Maryne : Alors pas uniquement en France, et pour une bonne raison. C’est que les champions de la douleur, de l’étude de la douleur et de tout ce que je viens de te raconter d’un point de vu physiologique ne sont pas français, ils sont canadiens. Le Canada est vraiment la nation championne dans ces domaines de recherches. Donc on travaille depuis 2018 avec des universités spécifiquement québécoises, et on a plusieurs partenariats avec des universités au Québec, mais nous en avons également en France. On commence à envisager d’ouvrir encore d’avantage pour récupérer plus de données, avec notamment l’Allemagne et le Brésil.  Donc il y a l’équipe interne de chez Lucine, mais il y a presque la même chose en terme de nombre en équipe externe.

Olivier : Tu as dit, pas mal de partenariat avec des universités, des labos, d’autres entreprises j’imagine ?

Maryne : Principalement avec des universités, même si on a déjà travaillé avec des laboratoires pharmaceutiques. Ils vont plus être des moteurs pour commencer à penser industrialisation et distribution plutôt que la partie recherche fondamentale.

Olivier : Je me pose la question qui me titille mais il y a combien de gens qui utilisent l’application ?

Maryne : En pratique je vais dire 0. Alors en pratique parce qu’aujourd’hui on utilise 2 indications principales. La 1ère c’est les douleurs féminines, c’est vraiment quelque chose de très important, je suis atteinte d’endométriose, et les douleurs féminines sont sous-évaluées et sous-traitées de manières générales dans le monde entier et donc il avait pour moi un peu un acte militant dans le fait d’accompagner les femmes du monde entier dans leurs douleurs intimes. Ce produit là est en phase finale de test clinique. Donc nous avons 50 patientes qui sont en train de tester la solution, pour s’assurer qu’il n’y a pas de risques, pour s’assurer que l’efficacité est optimale. L’objectif est d’obtenir la certification, ce qu’on appelle l’autorisation de mise sur le marché. On espère pouvoir le sortir en 2021 pour ce premier produit.

Olivier : Il a fallu combien de temps pour arriver à tester l’application ? c’est long ?

Maryne :

On en a fait deux avant celui-là déjà. Un en 2018 et un en 2019, on n’en a pas fait en 2020 parce qu’il fallait que l’on structure celui que l’on fait en 2021.

Alors oui c’est long. Je considère que c’est un test suffisant pour la commercialisation et la labellisation. Mais j’aimerai bien en faire un supplémentaire un de plus. On en a fait deux avant celui-là déjà. Un en 2018 et un en 2019, on n’en a pas fait en 2020 parce qu’il fallait que l’on structure celui que l’on fait en 2021, qui est très dense en termes de nombre de patients. Avec une structuration vraiment très proche de ce que l’on fait avec les médicaments, avec une volonté de labelliser en 2021. Mais oui c’est long.

Olivier : C’est plus long que de trouver un vaccin pour le Covid apparemment.

Maryne : Disons que c’est assez logique pour plusieurs raisons. La première c’est que tu as ce que l’on appelle des comités de protection des personnes qui vont vérifier qu’on ne va pas faire n’importe quoi sur ces études cliniques sur ces patients. On a la chance d’avoir des structurations très fortes et très étiques en France. Mais ça rallonge énormément les procédures. Et la 2ème, c’est en lien avec le Covid, mais c’était déjà difficile avant le Covid, c’est le recrutement. Le recrutement pour des études cliniques c’est très difficile, encore plus quand c’est en France. On n’a pas cette culture de l’étude clinique. Dans certains pays une étude de 50 personnes tu fais ça en 1 mois, ici hors Covid on va avoir besoin de 4 mois, en Covid on va avoir besoin de 8 mois pour 50 patients.

Olivier : Et pourquoi est-ce que c’est aussi long en France ? Est-ce parce qu’il s’agit de raison sanitaire ? Ou parce que l’on n’a pas l’habitude de le faire ?

Maryne : 

C’est parce que l’on n’a pas l’habitude.

Au Canada les structures de recherches sont dans les structures hospitalières. Et donc quand tu as des rendez-vous et que tu attends ça prends 1 ou 2 heures et les attachés de recherches vont dans les salles d’attentes et ils parlent et familiarisent ls patients avec ce qu’est la recherche, tu peux venir voir ce qu’est la recherche clinique. Alors que chez nous … Dis moi si une fois quand tu es allez à l’hôpital tu as déjà vu un attaché de recherche clinique qui est venu te parler d’étude en cours ?

Olivier : Je n’ai jamais été très souvent à l’hôpital heureusement.

Maryne : Tu vois, ça ne fait pas partis de notre culture, c’est ça qui est difficile. Allez les chercher demande beaucoup d’arsenal de communication et de persuasion parce qu’ils se font tout un monde de ce que ça peut être et il y a pas mal d’appréhension sur ce qu’est une étude clinique.

Olivier : Tu parles beaucoup du Canada et du Québec mais tu as fondé l’entreprise à Bordeaux si je ne dis pas de bêtises, et donc pourquoi ne pas être partie au Québec où les choses auraient peut être étaient plus facile non ?

Maryne :

Je suis française, j’ai fait toutes mes études en France, je suis une enfant du Crous comme j’aime à le dire, j’ai eu la chance d’avoir mon pays qui a financé mes études, et pendant très longtemps.

Je pense qu’il y a pleins de raisons. La 1ère c’est que je suis française, j’ai fait toutes mes études en France, je suis une enfant du Crous comme j’ai à le dire, j’ai eu la chance d’avoir mon pays qui a financé mes études, et pendant très longtemps. Et je suis un peu chauvine dans le sens où je culpabilisais un peu de me dire « maintenant que je suis formé et que j’ai une bonne idée je m’en vais la faire ailleurs », j’étais un peu gênée par ça. Donc j’ai décidé de la faire en France. Trouver des structures pour te financer et t’accompagner en France c’est très très facile. C’est d’ailleurs la région Nouvelle-Aquitaine qui a financé mon premier déplacement au Canada. Quand j’ai compris que c’est au Canada que cela se passait de manière très intense pour mes sujets, j’avais la possibilité de créer la boite là-bas ou d’y transférer le siège mais j’ai préféré créer une filiale, parce que j’estimais qu’entre la formation que j’ai eu en France et le fait que l’Etat et la région m’ai beaucoup aidé pour l’amorçage, à un moment il faut rendre ce que l’on t’a donné. C’est la vision que j’avais, et le 2ème élément, c’est que je suis une grande optimiste et que j’en avais marre d’entendre qu’en France niveau entrepreneuriale et d’un point de vu de la science on ne pouvait pas en faire. Et donc je voulais montrer que c’est possible.

Olivier : C’est plutôt louable je trouve. Et donc pour finir sur ce sujet-là. Quels types d’organismes t’ont accompagné ?

Maryne : Et bien j’ai eu de la chance parce qu’il me semble que quasiment tous les organismes de la région Nouvelle-Aquitaine m’ont aidé. Lucine a bénéficié de tous les accompagnements possibles en locale, et ça c’est génial, on a été l’un des premiers projets à être transpolitique et transorganisationnel. J’ai aussi bien eu Darwin, qu’Unitech, que l’accompagnement de la région avec ses outils propres, j’ai eu la CCI aussi, j’ai eu quasiment toutes les banques du territoire. Il y a eu une sorte de consensus autour du projet, tous les acteurs publics et privés nous ont, à un moment filé un coup de main. Et je trouve ça super, parce qu’il y a un peu le mythe, surtout quand il y a des histoires de couleurs politiques, de dire « Quand tu es dans Bordeaux Métropole, tu ne peux pas être dans la Nouvelle-Aquitaine », c’était peut-être le cas avant mais j’ai l’impression que ces dernières années les gens ont compris qu’il fallait aller au-delà de ça pour créer des emplois, de la richesse.

Olivier : Qu’est-ce qui fait que ça a réussi ? Parce qu’on a presque l’impression que cela a été extrêmement facile. Est-ce que c’est le projet ? Est-ce que ton charisme ? Ton envie d’inventer ? D’innover qui les a séduits ?

Maryne :

Ça n’a pas été facile et c’est loin d’être facile, le métier d’entrepreneur

Que tu sois un homme, une femme, âgé de 20 ans ou de 40 ans, c’est très difficile. Il y a des résistances en permanences, résistance au changement c’est normal, par rapport à ce que tu projettes, imagine-moi je suis une femme j’ai 30 balais, je n’ai jamais eu d’entreprise avant, je viens du monde scientifique donc loin du monde du business, j’ai une grande gueule ce qui n’arrange rien. Donc tout ça cumulé, je n’apportais pas forcément une notion de confiance bien au contraire. Donc oui, ça a été super dur.

Ce qui a fait que cela a fonctionné, c’est de 1 le projet, tu vois ce matin j’étais en conférence et j’adore poser cette question « Dites moi si vous ou quelqu’un de votre entourage souffre de douleurs chroniques ? » j’ai demandé ça à une assemblée de 200 personnes, sur les 200 y’en avaient 70 qui m’ont répondu oui, donc l’entrepris en elle-même elle est obligée de toucher des gens. Le 2ème point c’est que je suis un peu un bull-dog. C’est-à-dire que quand je veux obtenir quelque chose je ne lâche pas. Donc si on ne m’aime pas on va peut-être m’obtenir ce que je veux plus rapidement pour que je m’en aille.

Et le 3ème c’est que j’ai démarré l’entreprise j’étais plutôt jeune, et je crois que je suis quelqu’un qui a tout à apprendre et que si quelqu’un bloque c’est peut-être parce que j’ai fait une bêtise, je n’ai peut-être pas posé les bonnes questions, je n’étais peut-être pas assez en écoute active. Au début j’étais un vrai bulldozer, je rentrais dans tout le monde et ça a créé des dissonances sociales. Et j’ai admis qu’à un moment j’avais un problème pour créé du lien, j’ai un gros charisme mais j’ai un problème pour créé du lien. Et à partir du moment où tu prends conscience de ça et bien tu prends un coach, tu fais des formations, tu réapprends à parler aux gens.

Olivier : C’est intéressant parce que l’on voit que l’innovation telle que tu la pratique c’est quelque chose de collaboratif. On voit que tu as remué ciel et terre pour travailler avec des organismes divers et variés. Ce que j’ai noté dans ce que tu disais c’est qu’il y a aussi une nécessité d’être humble. Parce que l’innovation c’est aussi essayer des choses. Est-ce que c’est important d’accepter de se tromper ? Parce que je pense que c’est pas toujours facile d’accepter de se tromper.

Maryne : Merci pour ta question, elle est top, parce que c’est un sujet de débat en ce moment dans mon entreprise. J’ai une mentalité très anglo-saxonne, pour moi se tromper ce n’est pas grave, c’est apprendre. La manière dont tu vas vivre l’erreur, la manière dont l’organisation va te permettre de vivre l’erreur. Sois-tu le vois dans la souffrance, parce que ça te touche individuellement, parce que tu te sens remis en cause, et tu vis ça comme un échec, soit tu te dis 

« Bien je ne peux pas prendre cette route, ok je vais changer ».

J’ai toujours été comme ça. Je ne l’ai pas dit mais je suis atteinte de douleurs chroniques depuis ma naissance. Et je pense que quand tu es en situation d’handicap pour survivre, tu n’as pas trop le choix, tu es toujours en situation d’échec. La plupart des choses que les gens peuvent faire tu ne peux pas le faire. Je ne peux pas manger, dormir, faire du sport comme tout le monde. Beaucoup de chose logiquement sont compliquées et quand tu es en situation d’handicap tu d’adaptes, parce que si à chaque tu ne peux pas faire comme les autres tu es systématiquement en situation d’échec et c’est horrible, tu pars en dépression. Et je pense qu’assez naturellement du coup, vu que c’était ma vie, je n’ai pas de mérite, vu que je n’avais pas le choix pour survivre et donc pour l’entreprenariat j’ai appliqué la même chose.

Et j’ai compris que l’année dernière, parce qu’avant je ne comprenais pas pourquoi mes collaborateurs n’avaient pas le même mindset. Quand ils se plantaient c’était dur pour certain, alors que je leurs disaient que ce n’était pas grave, je gardais le smile, je ne les engueulais pas. J’ai fait tout un travail de déconstruction en me disant « Maryne c’est facile pour toi, mais pas pour les autres » donc à un moment donné il faut essayer de comprendre qu’en France, à l’école, on ne t’apprend pas tellement la valorisation de l’échec. C’est même plutôt l’inverse, si on peut te péter les jambes et te mettre un bonnet d’âne sur la tête, c’est ça qui va se passer. Donc il y a une vraie éducation qu’on n’a pas de la culture de l’échec, il y a notre culture à nous. On part très clairement avec un vrai boulet au pieds là-dessus.

Je pense que les entreprises ont une vraie responsabilité là-dessus. Je pense que c’est du 50/50, il faut accepter de se remettre en question personnellement et apprendre l’échec, mais c’est aussi collectif, c’est-à-dire que si tu échoues une fois tu n’as pas de prime, qu’on te défonce, que tu n’obtiendras pas de promotion, que tu n’as pas le temps d’innover, qu’il n’y a pas de valorisation de l’apprentissage après l’échec alors il n’y a rien qui fonctionnera.

Olivier : Oui c’est un travail collaboratif, ce que j’entends de ton expérience, c’est que tu as quand même une position de leader. Et le leader doit vivre et accepter les possibilités d’échecs. L’échec c’est une réponse qu’on a eue, qui n’était pas forcément celle que l’on voulait, mais donc on pose une autre question, on cherche une autre réponse. Et donc il faut essayer de pousser ses collaborateurs pour avoir un mindset plus ouvert à la difficulté.

Maryne : Un mindset, et je pense qu’il faut aussi avoir un changement par rapport à une notion que je découvre depuis plusieurs semaines, celle de la vulnérabilité. Je pense qu’il faut accepter ça quand on est chef d’entreprise. On a une position de leader, et c’est quelque chose de très difficile en France parce que la culture d’entreprenariat c’est le leader Wonderwoman/Superman, il a réponse à tout, il peut régler tous les problèmes. Et toi en tant que leader tu vas nourrir ça, parce que tu te dis « Je ne peux pas laisser mes collaborateurs dans cet état-là » tu te mets une pression de dingue. Et les collaborateurs et les gens qui t’entours te renvoie cette image. Et je l’ai réalisé il y a 1 an, et c’est une image que je refuse, je partage mes échecs, mes doutes avec mes collaborateurs, je choisie juste le bon ton et la bonne manière de le faire.

Et je peux te dire qu’en 3 ans et demi j’ai beaucoup merdé. Autant sur la technique et la science ça va, autant sur les relations humaines j’ai beaucoup merdé, j’ai 30ans, gérer 40 humains c’est compliqué. Ça ne s’apprends pas, tout ça pour dire que l’interaction humaine ça ne s’apprends pas. Et il y a des conséquences avec les humains, la conséquence c’est que des gens souffrent. 

Olivier : Ça serait quoi les conneries par exemples ?

Maryne : Par exemple quand tu montes une start-up, tu as tendance à monter une équipe familiale et amicale. Tu te fais une sorte de 2ème famille, tu choisis des gens qui ont ce mindset là et tu les traites de façon managériale de cette façon avec une très grande proximité émotionnelle. Par contre le jour où ta boite commence à monter, vous n’êtes plus 6,8 vous êtes 30, qu’il y a un changement de culture qui s’opère. Et moi je l’ai compris comme ça, et ça ne m’a pas posé de problème donc je l’ai imposé aux anciens, qui étaient dans l’ancien modèle, en ne comprenant même pas les réactions émotionnelles que je pouvais avoir en face. Et au lieu d’essayer de les comprendre et de les accompagner j’ai été extrêmement dure, parce que je ne comprenais pas et que j’avais l’impression à un moment d’une trahison. Je ne me remettais pas forcément en cause, j’ai créé de la souffrance chez ces personnes-là, et je ne m’en rendais pas compte. Et quand je l’ai compris c’était 1 an après et c’était trop tard.

Olivier : C’est intéressant parce que ça montre que l’innovation, le travail en équipe c’est avant tout une aventure humaine. Il faut absolument réussir à fédérer les gens derrière soit et arriver à les comprendre. On va revenir un peu sur Lucine, pourquoi tu l’as appelé Lucine ? Comment tu as fait pour la créer, est-ce que tu as été sensible à un problème de société, est-ce que tu as fais une étude de marché, comment a été la gestation de cette application ?

Maryne : Alors je vais d’abord répondre à la question sur le nom et après je te ferais la genèse de l’histoire. Le nom c’est Emeric mon cofondateur qui l’a trouvé. On a mis du temps à le trouver, Lucine en fait c’est le prénom de la déesse Junon, et quand les femmes subissaient les douleurs de l’accouchement, elles devaient dans l’antiquité appeler 3 fois la déesse Lucine, et au bout de la 3ème fois leurs douleurs disparaissaient comme par magie. 

Donc on s’est dit qu’à notre époque ce n’est pas de la magie mais de la science, et que c’est à peu près ce qu’on veut construire.

Et vu que notre première indication c’était sur les douleurs féminines ça faisait énormément de sens.

L’origine de l’histoire est assez double. La rencontre entre mon schéma personnel et professionnel. Personnel parce que je suis atteinte de deux maladies. Le syndrome de d’Ehlers-danlos qui fait que globalement tu as mal partout tout le temps. Musculairement et d’un point de vue ligamentaire. A l’adolescence j’ai développé des douleurs pelvic-périnéennes, donc des douleurs intimes féminines, et un peu plus tard on m’a détecté une endométriose. Donc j’ai toujours eu de la douleur, j’ai toujours vécu avec. J’ai toujours rencontré des médecins qui ne savaient pas trop quoi faire avec mes douleurs. Qui ne savaient pas vraiment au départ qu’elles étaient mes pathologies. J’ai dû attendre plus de 25 ans avant qu’un professionnel de santé m’invite à aller dans un centre de la douleur.

Ce sont des centres hospitaliers dans lesquels on vient pour traiter ta douleur. A l’époque il faut le remettre dans le contexte j’étais déjà sous morphine depuis quelques années. Je prenais 3 doses de morphine par jour, ça n’avait pas une énorme efficacité, surtout ça ne réduisait mes douleurs que de 10 à 20%. J’avais des nausées tout le temps, la tête qui tourne, bref j’étais bourrée tout le temps. En même temps faut quand même que tu bosses et que tu ai une vie normale en même temps donc c’est très compliqué.

Donc là je vais dans un centre de la douleur, et j’ai un professionnel de santé qui reste 2 heures avec moi et qui me pose plein de questions pour identifier quel est mon profil de douleur, ce qu’on n’avait jamais fait avant. Puis il me propose une séance d’hypnose. Moi je suis en neuroscience à l’époque et je me dis 

Hypnose … hum hum c’est ça oui … déjà que la morphine ne marche pas alors l’hypnose j’ai envie de rigoler.

Donc je fais sa séance et au bout de 30 minutes je sors de là avec entre 30 et 40% de réduction de ma douleur à tel point que je m’en souviendrais toute ma vie j’ai couru sur la place Pey Berland pour rejoindre mon chéri parce que je n’avais jamais eu un corps aussi libéré de la douleur. Je n’avais pas de nausées, pas envie de vomir, pas la tête qui tournait. Ça à duré 24h donc ma douleur est revenue mais j’étais tellement euphorique à cause de ce que je venais de vivre que ça l’a maintenu pendant 24h sans prendre de morphine.

Et donc en bonne neuro-scientifique que je suis, je me suis qu’il s’était passé un truc et c’est pas parce que tu le comprends pas que c’est nul. Et c’est pour ça que j’ai regardé ce qu’il se passe au Canada, parce qu’ils sont à la pointe pour ce qui est de traiter la douleur, mais pas seulement, c’est eux qui ont commencé la prise en charge niveau médicale, niveau pharmaceutique de la douleur. J’ai lu plein de papiers, et donc j’ai compris qu’il se passait des choses dans le cerveau, c’est là que j’ai découvert ce qu’il se passait avec les deux équipes de rugby que j’ai présenté au début.

A l’époque j’ai enclenché une thèse qui n’avait rien à voir avec la douleur, c’était une thèse sur les nouvelles technologies et les personnes en situations de fragilité. Et pendant que je faisais ma thèse, j’étais directrice R&D dans plusieurs start-ups, ça me permettait de payer mes factures, financer ma thèse et de ne pas être à temps plein. Et en parallèle je faisais l’étude de faisabilité parce que je commençais à avoir plein d’idées complètement délirantes sur la prise en charge de la douleur. En 2016, mon étude de faisabilité qui disait de mesurer la douleur (je ne savais pas trop comment à l’époque je n’avais pas l’IA ni tout ça), et d’avoir des actions sur les cibles biologiques, ça ne parait pas trop déconnant. Et donc j’ai voulu changer le sujet de ma thèse. Sachant que j’étais à 6-8 mois du rendu de ma thèse. Mais vu que je l’auto-finançais je me suis dit que ce n’est pas grave je recommence. Ça n’a pas été permis, on m’a dit soit tu continues ta thèse jusqu’au bout, soit tu arrêtes, c’était clairement pour me protéger à l’époque parce que « un téléphone portable va soulager tes douleurs plus efficacement que la morphine » c’est complètement délirant, même pour des scientifiques. Avec une toute petite étude de faisabilité, avec aucune équipe qui en regardant tes données françaises se disent que ça tient la route. Je pense que mes professeurs de l’époque ont voulu me protéger en se disant « attends là ça part droit dans le mur, il faut qu’elle finisse sa thèse et après on verra »

Sauf que moi je suis un peu une brute et quand ils ont dit ça j’ai dit « Ok je me casse », et donc j’ai arrêté ma thèse avant de la valider, donc je n’ai pas de doctorat. Du coup il y a eu une période assez cool ou je me suis retrouvé avec ça, j’étais persuadé d’avoir raison, et j’étais la seule. Qu’est-ce que je fais avec ça ? Une association ? Une fondation ? Une entreprise ? Et donc vu que j’adorais être mon propre patron, et qu’assez rapidement je me suis dit que la fondation et l’association ne me permettrais pas d’avoir un impact international. 

Je ne faisais pas ça pour soulager que les français. Je voulais soulager potentiellement des millions de patients.

S’en est suivi une année très particulière où il me manquait un peu d’argent pour faire mon prototype et où mon compagnon m’a rejoint dans l’aventure et on a structuré en juin 2016 un énorme Gala de charité. Tout le monde nous disait qu’on n’y arrivera pas, mais en 3 mois on a fait un énorme Gala de charité qui réunissait plus de 200 personnes, 5 grands chefs étoilés de la région, qui nous a permis de récolter l’argent pour réaliser le prototype. On n’était pas fou non plus, tous les gens qu’on a invité étaient des gens du milieu, il y avait Sanofi, les CHU de Bordeaux, la région, Frenchtech, il y a avait tous les gens de l’écosystème. On a eu un engouement qui s’est opéré, notamment avec Sanofi, ils ont été très très présent jusqu’à la structuration de notre entrepris en mars 2017.

On a eu accès à des gens de Sanofi qui ne sont pas accessible d’habitude. Hyper hauts placés sur Paris pour nous aider à structurer notre projet.

Olivier : Et du coup ils sont actionnaires Sanofi ?

Maryne : Pas du tout ! C’est ça qui est dingue, ils l’ont vraiment fait, il n’y a pas eu d’échange de cash, ce ne sont pas mes clients, ce ne sont pas mes actionnaires. C’est uniquement de la rencontre humaine et des gens qui se sont dit qu’ils ne comprenaient pas tout mais que si cela fonctionnait ça pouvait aider beaucoup de gens. Ça m’a permis de comprendre comment fonctionnait les laboratoires pharma, de comprendre le marché du médicament, parce que l’on a vocation à devenir une molécule digitale. Et grâce à eux on a pû se structurer dans nos réflexions pour en mars 2017 réussir à fabriquer l’entreprise.

Olivier : On a beaucoup parler et le temps à tourner très vite. Je n’ai pas eu le temps de poser toute mes questions, mais on va essayer de conclure parce que même si c’est passionnant et que ça ressemble presque à un compte de fée cette histoire. Je voudrais juste terminer peut-être par des questions et si tu peux y répondre rapidement. Est-ce que tu trouves que c’est un avantage ou un désavantage quand on veut innover en France d’être une femme ?

Maryne : Elle est dure ta question ! Joker. C’est très dure d’être une femme et d’innover en France, le plafond de verre est toujours présent, les attitudes et les comportements inappropriés sont toujours présents mais et je dis un grand MAIS il n’y a pas que des cons. 

Olivier : Qu’est-ce que tu donnerais comme conseil à des jeunes qui chercherai à suivre ta voie ? Pas forcément dans le même domaine, mais dans l’entreprise et l’innovation ?

Maryne :

Avoir l’humilité de comprendre qu’on ne gère pas tout, qu’on ne sait pas tout et que les autres ont des choses à nous apporter.

1er conseil, s’écouter. S’il y a un truc que j’ai appris c’est que quand mon ventre se tord, il y a quelque chose qui se passe.  Donc s’écouter quand on est sûr d’avoir une bonne idée, le 2ème élément c’est écouter les autres. Ce n’est pas une contradiction, avoir l’humilité de comprendre, qu’on ne gère pas tout, qu’on ne sait pas tout et que les autres ont des choses à nous apporter, c’est en les écoutant et en acceptant de s’entourer des meilleurs que le projet va passer de projet à réalité. C’est essentiel pour moi.

Olivier : Ok alors autre question piège. Si c’étaient des femmes tu leurs donnerais les mêmes conseils ?

Maryne : Ouais je leurs donnerais les mêmes conseils, et je rajouterais peut-être un 3ème : formez-vous. Il faut se former à la gestion, il faut se former à la préparation mentale, il faut se former à la négociation et au conflit, il faut se former contre des comportements sexistes : comment il faut réagir quand je fais face à des comportements sexistes, paternalistes, pervers ? Il faut admettre qu’on ne peut pas changer les autres donc il faut se changer soit même. Par contre se changer soit même ça ne veut pas dire EN AUCUN CAS d’accepter ce genre de comportement, c’est juste de savoir les gérer et de savoir comment bien les gérer pour se protéger soit même et potentiellement faire évoluer l’autre en face.

Olivier : D’accord, une autre question, le diplôme c’est important ou pas ?

Maryne : 

En France le diplôme est important, c’est une réalité, c’est culturel.

Avec 1 diplôme tout le monde se tait.  Tu vas ailleurs dans le monde, notamment le monde anglo-saxon tout le s’en fout. Ce qui compte c’est « Ah tu as levé 5,5 millions, Ah tu as fait 1,2 millions de chiffres d’affaire alors que tu n’étais pas sensé en faire ? Wouah. Et tu n’as pas de diplôme ? On s’en fout ». En France, même si tu as les éléments financiers et de performance, ça n’a pas le même goût, c’est une réalité culturelle.

Olivier : D’accord et puis dernière petite question, qui est une petite question traditionnelle de Markopolo et de Comment j’ai innové, est-ce qu’il y a un personnage dans l’histoire qui t’inspire le plus en tant qu’innovateur ou innovatrice ?

Maryne : Je vais faire un copyright à une des formations que j’ai eues il y a pas longtemps qui m’a beaucoup bougé dans mes convictions, j’ai fait de l’anthropologie, et assez peu Darwinistes, et j’ai un peu changé d’avis donc je te dirais Charles Darwin. Simplement par ce que Charles Darwin à émis des hypothèses pas seulement sur l’évolutionnisme, mais aussi sur l’universalité de l’être humain et sa capacité à exprimer des émotions indépendamment de sa culture delà même manière. Tout le monde l’a pris pour un fou, personne de ne l’a écouté pendant des siècles, il a même été déconstruit par des anthropologues. Et grâce à des personnes qui ont retravaillé sur ces questions là dans les années 60, ses travaux ont été remis en avant. Et ça m’a beaucoup bouleversé parce que je me suis dit « Ce mec là toute sa vie il était persuadé d’avoir raison, parce que toute sa vie il a écrit dessus et que tout le monde était contre lui. Comme quoi il avait une intuition et des siècles plus tard ça s’est avéré. Du coup c’est un peu une grande leçon pour moi.

Olivier : Pour info on a eu Napoléon, on a eu Jimmy Hendrix et là on a eu Darwin mais pour l’instant pas de femme, mais ça va sûrement arriver. Ecoute Maryne, merci beaucoup, c’était vraiment très intéressant de parler avec toi et vraiment agréable. Je te souhaite bonne continuation pour ton projet et que ça va décoller et qu’on en entendra parler et à très bientôt.

Maryne : Et bien merci beaucoup c’était un vrai plaisir et puis quand tu veux pour commenter, à bientôt !

Olivier : Voilà Comment j’ai innové c’est terminé, au nom de toute l’équipe de Markopolo je vous remercie de votre écouté (et de votre lecture), j’espère que cela vous aura plut et si c’est le cas n’hésitez pas à le partager, le liker, évidemment rien ne nous fera plus plaisir.

Au prochain épisode je rencontrerai encore une fois un entrepreneur, un entrepreneur emblématique, une légende, une star en tout cas, un passionné du jeu vidéo puisqu’il y a fait quasiment toute sa carrière même si maintenant il est passé à toute autre chose : lancer du vin dans l’espace, enfin je vous expliquerai. J’ai nommé le très fringant d’esprit et très tonique Nicolas Gaume