Podcast #7 avec Nicolas Gaume, entrepreneur et innovateur invétéré

En 1990 Nicolas Gaume fonde sa première entreprise Atreid Concept. En 1996, il fonde Kalisto Entertainment.

Nicolas Gaume a notamment dirigé les studios parisiens d’Ubisoft Entertainment de mars à . De 2005 à 2007, il devient directeur du département Mobile Games et applications chez Lagardère interactive.

Enfin le 2 novembre 2019 il crée Space Cargo Unlimited avec son associé Emmanuel Etcheparre.

 

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Olivier Sauvage : Comment transformer une idée en projet ? Comment transformer un projet en produit ? Et comment transformer un produit en succès ? Tels sont les enjeux de l’innovation et telles sont les questions auxquelles ce podcast, que j’ai l’honneur de vous présenter essai de répondre. Avec des personnalités, des femmes, des hommes, des entrepreneurs et entrepreneuses, des aventuriers et aventurières, des inventeurs et inventeuses qui marquent de leurs pates le monde d’aujourd’hui et le transforme pour nous donner à tous un avenir plus enchanteur, plus sobre et plus harmonieux.

Bienvenue sur Comment j’ai innové, le podcast de Markopolo dédié à l’innovation et aux innovateurs. Je suis Olivier Sauvage et j’ai le plaisir d’accueillir sur cet épisode Nicolas Gaume, ex-figure du numérique français, entrepreneur, gamer et surtout innovateur invétéré. Avec Space Cargo Unlimited, la start-up qu’il a fondé avec son associé Emmanuel Etcheparre, il y a 2 ans (le 2 novembre 2019), il a envoyé 12 bouteilles de vins en orbites autour de la terre. Dans quel but ? Comment ? Pourquoi ? Avec quels moyens ? On en parle tout suite dans Comment j’ai innové épisode 7.

Pour commencer J’aimerai savoir. Tu es juste bachelier et tu es entrepreneur donc déjà qu’est-ce qui fait passer quelqu’un de bachelier à entrepreneur à succès ? Et aussi pourquoi dans le jeu vidéo particulièrement ?

Nicolas Gaume : Je ne me suis pas lancé en voulant être entrepreneur. J’ai découvert les jeux vidéo avec l’informatique quand j’avais 7-8 ans. Mon père avait acheté un ordinateur, puis je suis tombé dedans. J’ai grandi dans un hôtel restaurant, mon père était chef et ma mère s’occupait de l’établissement avec lui. Donc il y avait des bornes d’arcade dans notre réception, donc j’ai découvert l’ensemble, jeux vidéo/ordinateurs/arcade assez tôt. C’est aussi le moment où on développait l’ « Untertainment », je me permet le mot anglais. Tous les univers de fictions et science-fiction. Donc je suis tombé dans Star Wars, le Seigneur des Anneaux, dans Dunes aussi. Et je consommais tout ce qu’il y avait autour.

Il y avait un magnétoscope à la maison donc je regardais beaucoup de film et puis je suis passionné par la création de jeux et l’expérience de jeux. Je fais partie de la première génération de joueurs, c’est-à-dire que je suis de ceux qui sont né avec le jeu. En grandissant je me suis dit qu’il y avait peut-être des innovations et des choses passionnantes à faire. Les choses sont venues assez naturellement, après le bac je me suis cherché dans différentes voies scolaires où je ne me suis pas trouvé et je me suis dit pourquoi pas me lancer dans la création de jeux vidéo avec la conviction qu’il y avait des choses nouvelles à faire.

Mes 2 idées de bases c’est qu’on allait avoir des jeux de plus en plus immersifs, ça voulait dire de l’image en 3D ce qui allait changer la chaine de travail et la façon de travailler et de créer des jeux. Au niveau technique mais aussi conceptuel parce qu’on allait avoir besoin de beaucoup plus de jouabilité et de choses à peaufiner. Et donc avec mes camarades qui étaient extrêmement doués dans le domaine du jeu vidéo on a décidé de faire quelques maquettes, des démos et on est arrivé à la deuxième grande idée de Kalisto (cette première entreprise) : c’est que Mac et Windows allait devenir les plateformes dominantes de la micro-informatique. Ce qui n’était pas du tout gagné à l’époque, parce qu’il y avait les ATARI, les AMIGA, il y avait plein de machines et de système d’exploitation différents, et nous on était convaincus que ce serait Windows et Mac qui gagnerait. Et c’est donc ça qui a fait la base de ce qu’est devenu Kalisto.

Olivier : Donc là on parle du début des années 90 ?

Nicolas : On est en 89 exactement, donc c’est le début de l’aventure.

Olivier : Il n’y avait pas encore internet, ça existait mais ce n’était vraiment pas encore grand public.

Nicolas : C’est vrai, c’est bien que tu le dises aussi, parce que je suis un peu atypique pour ma génération. J’ai grandi avec l’informatique, j’ai appris à programmer très vite, je me suis immergé dans l’informatique et dans l’électronique très vite, j’y passais énormément de mon temps. Mon père avait aussi acheté un modem et je me suis retrouvé assez vite connecté. Et je me souviens à l’âge de 10-11 ans, je passais 2-3h par jours connecté. Ce qui est un paradoxe parce qu’aujourd’hui ça parait normal d’être connecté 2-3h par jour quand on est jeune et ado, n’importe qui maintenant. Mais pas à l’époque donc moi j’avais des copains à travers toute l’Europe, la France, aux USA, on était en train de chatter tout le temps, et d’ailleurs c’est avec eux que j’ai créé Kalisto. Des gens extrêmement talentueux qui étaient à Dijon, Nancy, Paris, aux USA. Et on a monté une équipe de gens passionnés compétents, qui se connaissaient très bien, parce que ça faisait 7-8 ans qu’on échangeait tous les jours.

Olivier : Et quand tu as démarré ça n’a pas été trop dur de convaincre les gens ? Comment tu as financé ta première entreprise ? Tu l’as financée toi-même ou tu as demandé de l’argent à d’autres ?

Nicolas : Alors personnellement, je me refusais à demander de l’argent à ma famille, donc j’ai mis de l’argent de côté via des petits boulots, j’ai distribué des journaux, et vu que je l’ai pas mal fait on m’a confié l’organisation d’une logistique un peu plus grande.

Et j’étais passionné de jeu, et de jeu et stratégie qui était un magazine de l’époque et j’adorais le problème du facteur : c’est-à-dire comment vous allez d’un point A à B en passant par tel, tel, tel endroit. Et j’avais fait un petit programme d’optimisation des parcours en utilisant des cartes de villes. Et vu que ça se passait bien mon chef m’a dit : « Tiens, j’ai besoin qu’on distribue ces prospectus sur toute la région Aquitaine, comment tu organiserais ça ? ». Donc je prends mon programme, je réfléchis un peu, je lui ai proposé de ventiler son stock de prospectus d’une certaine façon, ça lui a plu et il m’a donné une très grosse somme d’argent (pour moi à l’époque) ce qui m’a permis d’amener les quelques 4 000 euros de capital que j’ai amenés quand on a créé Kalisto. C’est une somme titanesque quand on a 18 ans et demi.

Le fait est que vu qu’on a choisi Windows et Mac, on s’est assez vite impliqué sur ces plateformes, on a attiré l’attention d’Apple et quand j’ai eu 21-22 ans, Apple a décidé d’investir dans notre entreprise, et donc on a reçu 1 million d’investissement d’Apple. Ce qui à l’époque était très rare, Apple n’investissement quasiment pas dans les entreprises, alors une start-up, qui plus est du jeu vidéo, qui se basait à Bordeaux.

Olivier : Alors à l’époque le PDG d’Apple c’était John Sculley, c’était plus Steve Jobs, il avait été éjecté, et donc il avait mis 1 million pour faire quoi ?

Nicolas : En fait Apple à l’époque lançait les Macintosh moins cher les LC (Low Cost) et ils cherchaient à avoir des applications pour la famille, dans le domaine de l’éducation, du jeu. Encore une fois c’est pile poil dans ce qu’on s’imaginait de l’avenir, on avait fait le paris de dire que Mac et Windows serait les plateformes dominantes. Parce que ça changeait la façon dont les jeux étaient développés avec des langages plus complexe comme C++. Et donc pour répondre à ta question on a beaucoup sollicité les entreprises de jeux vidéo qui existaient depuis 10 ans comme Ubisoft par exemple et d’autres. Et on leurs a proposé de devenir leurs partenaires pour développer des versions Mac, puis Windows de leurs jeux.

On a commencé avec une activité de prestataires, ce qui nous a permis d’engranger nos fonds propres. Donc avec ce mode de démarrage, l’investissement d’Apple et nos fonds on a commencé à créer nos propre jeux et l’entreprise à pris son essor. Ce qui fait que pendant 10 ans elle a fait 15% de résultats nets, une croissance à 2-3 chiffres sans arrêt, ce qui à été de très belles années dans le domaine du jeu vidéo.

Milieu des années 90 quand sont arrivés des consoles comme la PlayStation et les CD, les jeux coutaient beaucoup plus cher à développer parce qu’il y avait plus de volume d’image dedans, on a eu besoin de trouver des partenaires financiers pour continuer notre développement, et là on m’a proposé de racheter l’entreprise, donc c’est un groupe anglais qui s’appelle le groupe Pearson. Ils avaient racheté un distributeur de jeux vidéo américain et ils cherchaient des studios de créations.

Après avoir regardé plusieurs options j’ai décidé de vendre et je me suis retrouvé à 24-25 ans, jeune millionnaire et c’était une expérience intéressante parce que je n’ai pas claqué l’argent pour mon plaisir, je l’ai laissé sur le compte en banque et je me suis dit qu’est-ce que j’en fait ? Et c’est là où j’ai découvert vraiment l’entreprenariat. 

je me suis dit qu’avec ces sous je pourrais lancer d’autres aventures et appliquer ce que j’avais appris à d’autres domaines.

Donc j’ai accompagné des copains qui montaient l’une des premières agences web en France, j’ai étudié le latin, le grec, je suis passionné d’histoire et j’aime beaucoup la culture en général et j’ai découvert que je ne connaissais pas du tout l’Asie, que je ne connaissais pas du tout cet autre univers qu’est la Chine, et je suis parti visiter la Chine, c’était en 94-95 donc la Chine venait juste de s’ouvrir, c’était le moment ou le pays s’ouvrait. Il se trouve que Bordeaux est jumelé avec une ville bien connue aujourd’hui … Wuhan, et il y avait des étudiants de Wuhan qui apprenaient le français, j’avais un ami cher qui m’a servi de guide et je suis partis avec l’arrière-pensée de me dire que la Chine et le jeu vidéo il y avait peut-être quelque chose qui pouvait coller. C’était vraiment tôt, l’informatique n’était pas du tout développée et l’électronique non plus.

Olivier : C’est fou parce que quand on regarde aujourd’hui c’est l’inverse.

Nicolas : Oui tout à fait, et il y a une chose qui m’a choqué, c’est qu’il n’y avait qu’un enfant par famille. Un pouvoir d’achat qui augmentait, des parents désireux de donner le meilleur avenir possible à leurs enfants. Ce qui est normal mais en même temps une Chine qui avait de par les contraintes politiques vraiment détruit son système éducatif. Et donc avec Kalisto on travaillait avec beaucoup d’éditeurs notamment Flammarion et je me suis dit pourquoi ne pas acheter les droits des livres sur lesquels on travaille, notamment Père Castor, les incollables et en faire des versions chinoises et les éditer pour ces familles qui veulent des produits pédagogiques et éducatifs de qualité pour leurs enfants. Je trouvais ça incroyable de me dire que je pouvais amener Petite Poule Rousse aux chinois.

C’était très compliqué parce qu’on était une société étrangère donc on ne pouvait pas être éditeurs officiellement, mais j’ai réussi à obtenir le numéro d’édition, puis l’entreprise est partie à Shangaï, elle a vraiment eu un beau succès.

L’expérience était incroyable mais professionnellement c’était infernal

Parce que la distribution était contrôlée par l’Etat, il y avait un choc des cultures, par exemple c’était très dur de trouver du papier. Le papier était très contrôlé par l’appareil d’état, parce que ça permet de contrôler les journaux, la diffusion de la pensée. On s’est fait escroquer par des imprimeurs qui fabriquaient plus de livres qu’on ne commandait et les revendaient en sous-mains à des distributeurs peu scrupuleux.

On a vécu des trucs de dingues, mais in fine c’est une expérience incroyable, la Chine est un pays que j’aime d’un amour profond. J’ai fait des rencontres incroyables avec des dirigeants chinois, des professeurs. On a vécu avec une équipe incroyable, on a vendu plus d’1 millions de livres, et je me suis retrouvé à passer au journal de 20h sur CCTV à 24-25 ans en étant tout jeune. Y a pleins d’histoires mais je ne vais pas toutes les raconter.

Olivier : Oui sinon on ne va jamais finir le podcast si on ne parle que du passé ! Et justement je vais en profiter pour faire un bon dans le présent avec un évènement qui s’est passé il y a presque 2 ans maintenant. Tu as un peu un profil d’entrepreneur à l’américaine, jeune, partis de rien, millionnaire …

Nicolas : 

Je ne suis pas parti de rien, je suis né en France qui est un pays riche, j’ai grandi dans une famille qui ne manquait de rien, on n’était pas pauvre et je mangeais à ma faim.

Olivier : Ça fait penser aux entrepreneurs américains qui commencent dans leurs garages, et je voulais faire un parallèle avec une figure de l’entreprenariat emblématique, Elon Musk, parce qu’il y a 1 an ou 2 je crois, il a envoyé une voiture dans l’espace pour la faire la publicité de sa technologie et toi ce n’est pas une voiture, toi tu as envoyé du vin dans l’espace, ce qui est très français. Alors pourquoi envoyé 12 bouteilles de vins dans l’espace ? Qui plus est du bon vin en plus.

Nicolas : C’est très gentil de me comparer à Elon Musk, c’est quelqu’un d’incroyable qui est dans une autre dimension. Il a ce gout du spatial où il a admirablement bien réussi. Et il est allé dans le spatial avec cette culture de la start-up, du sens de l’urgence, de réactivité et du résultat. Cette culture qui a fait son succès avec son talent, son génie et puis surtout l’ensemble des talents qu’il a su réunir.  En fait quand on a commencé avec mon associer Emmanuel Etcheparre, parce que c’est une aventure collective. Donc mon associer qui est aussi un extraordinaire entrepreneur, qui a fait des choses incroyable dans le vin, on sait dit Elon Musk, Jeff Besos aussi qui est un passionné de spatial et qui a développé une entreprise qui s’appelle Blue Origin, Richard Branson qui a développé Virgin Galactic. Il y a tout un tas d’entrepreneurs qui a un moment développaient des véhicules spatiaux et des accès à l’espace. Et on s’est dit ils vont y arriver, et donc qu’est-ce que nous on peut faire dans cet univers ?

C’est Jeff Bezos qui a dit un jour qu’il n’aurait jamais pu faire Amazon s’il n’y avait pas eu Fedex, la Carte Visa, l’infrastructure de la TNT etc…

Et nous on s’est dit qu’ils vont créer cette infrastructure-là donc on peut faire l’entreprise qui peut le mieux en tirer parti et faire des projets qui ont vraiment un intérêt. Et on donc on s’est dit qu’est-ce qu’on peut faire.  On est très attaché à notre planète, et ce qui m’a frappé c’est que beaucoup de ces entrepreneurs veulent quitter cette planète. Ils veulent aller dans l’espace, sur la Lune, sur Mars. Emmanuel et Moi on est persuadé qu’il n’y a qu’une seule planète d’importante, et on s’est dit : 

est-ce qu’il y a quelque chose que l’espace peut apporter à la terre ?

Alors déjà les satellites, la communication qu’on connait, on a découvert l’existence de cet espace particulier, la microgravité. Et on s’est pris de passion pour ce sujet, je reviendrais au vin après. On a découvert qu’au sein de L’ISS qui existe maintenant depuis 20 ans, on a fait pleins d’études et qu’on découvrait véritablement un véritable univers. Pour expliquer le concept de l’ISS, c’est les conditions terrestres répliquées à l’identiques (donc températures, oxygènes etc…) à l’exception de la gravité. Pour donner un peu de perspective, l’Himalaya un peu moins de 9km de haut, les avions volent à 10km, 100km c’est le début de l’environnement spatial, et a 500-550 la ceinture électromagnétique terrestre qui protège de l’essentiel des radiations. Donc dans cet espace qu’on appelle l’orbite basse, c’est ici qu’évoluent les véhicules et notamment l’ISS. On a regardé tout ce qui passait et on a vu qu’il y a des recherches qui disent que l’absence de gravité affecte profondément tout ce qui est vivant. Et en creusant on s’est aperçue que beaucoup de recherche pose plus de questions qu’elles ne trouvent de réponse.

On va revenir à l’agriculture qui est notre sujet. Après les découvertes de Louis Pasteur et tant d’autres, aujourd’hui quand on étudie les sciences de la vie il faut être super spécialisé. Quand quelqu’un étudie les bactéries, il va être très focalisé sur les bactéries. Quelqu’un qui étudie les levures va être très spécialisé sur les levures. Maintenant, quand on change un paramètre aussi important que la gravité, il faut changer de perspective. Et pourquoi est-ce que la gravité est aussi importante ? Parce qu’il s’agit du seul paramètre qui n’a jamais bougé sur Terre depuis 4,2 milliards d’années. La température a bougé de façon considérable, il y a eu des âges glaciaires, tropicales, il y a eu des phases d’obscurités complète. On suspecte que les dinosaures sont morts parce qu’il y a eu une période d’obscurité qui a duré une centaine d’année après que le météore ai frappé la planète. C’est donc pour ça que la vie à évoluer en prenant en compte la gravité. Par exemple un cœur, a des valves qui sont optimisé pour la position debout. La façon dont l’eau circule dans les plantes vertes (la convexion) est construite autour de la gravité. Quand on regarde la structure même des cellules, il y a une armature qui est construite autour de la gravité. Donc quand on regarde la gravité met un stress considérable sur le vivant, ce qui accélère l’évolution.

Et on s’est dit que pour comprendre il fallait revenir à la source. Et on ne le savait pas mais Louis Pasteur il a fait découverte la plus fondamentale des sciences de la vie, la découverte des bactéries. Jusqu’au découverte de Pasteur et de Koch, on croyait à la génération spontanée. Ce qu’on ne savait pas c’est qu’il l’avait fait en étudiant le vin. Il était passionné de vin. Il a étudié le vin pendant plus de 8 ans pour trouver des façons de mieux le stocker, le conserver. C’est là qu’il a inventé la pasteurisation, c’était d’abords pour le vin. Et en étudiant le vin il a dut prendre un point de vu un peu transversale.

On est allé voir des chercheurs, il se trouve que par rapport à d’autres secteurs de l’agriculture le vin est un secteur à valeur ajoutée donc il y a un peu plus de recherche et plus de labos. Bordeaux est évidemment une place forte du vin et donc de la recherche sur le vin. Il y a l’ISVV (l’Institut Scientifique de la Vigne et du Vin), et son dirigeant Denis Bourdieu, qui était un dirigeant incroyable et qui a malheureusement disparu aujourd’hui. On a échangé, et on a commencé à se dire, comment est-ce qu’on pourrait étudier la vie en général, au travers du vin comme Pasteur l’a fait en son temps. Est-ce qu’on pourrait trouver une façon de mieux comprendre ce qu’on pourrait faire pour la Terre dans l’espace. Après pleins de recherches on est tombé sur une tradition Bordelaise que je ne connaissais pas avant de la découvrir, qui s’appelle la cuvée retour des indes, qui est la tradition de faire vieillir des bouteilles de bordeaux en mer. C’est né en 1814, par un château qui s’appelle Cosse-d’Estournel qui avait vendu une cargaison de son vin à un Maharadja indien, le vin est parti en Inde, la transaction ne s’est pas faite et donc il est revenu, et il a vieilli sur le bateau et quand il est revenu il était très différent. Et le baron d’Estournel l’a commercialisé sous le nom cuvée Retour des Indes. Il est devenu le Maharadja du Médoc. La cuvée s’est super bien vendue pour des raisons qu’on peut creuser, c’était un moment où le monde se mondialisé, donc il y avait se côté voyager au travers de la bouteille, le côté série limité. Et tout un tas de châteaux bordelais l’ont fait.

Et donc on s’est dit que ça serait marrant de combiner notre programme de recherche avec cette expérience-là. Parce que la recherche c’est extrêmement difficile à financer surtout dans des domaines comme le spatiale, on s’est dit que ça pourrait peut-être attirer de l’attention sur nous et nous aider à financer d’une manière ou d’une autres.

Plus on avançait sur le programme de recherche, et plus on rencontrait de gens, Denis Bourdieu, Michael Leberte qui est aujourd’hui notre directeur scientifique qui est sans doute le chercheur européen le plus reconnus sur ses travaux concernant l’agriculture sur la Station Orbitale. Ça fait quasiment 20 ans qu’il fait toutes les missions sur la station et il s’est pris de passion pour notre sujet, Lionel Suché, qui a aussi par l’intérêt qu’on porte à la science et à la recherche.

Je ne me vois pas du tout comme un entrepreneur à l’américaine mais vraiment comme un entrepreneur français

J’adore les USA, j’y ai vécu 4 ans et la je me réinstalle tout juste en France. Il y a une culture très transactionnelle, ça rend les choses plus faciles dans certain domaine mais parfois plus mécaniques, alors que quand on a de vrai rencontre comme on l’a fait, L’ISVV, Thalès, tout ça fait aujourd’hui une équipe d’une quinzaine de chercheurs et aujourd’hui ça fait Space Cargo Unlimited. J’ajouterai un entrepreneur et investisseur, Benoit Grossman qui a crut en nous et nous a accompagné. J’ai passé beaucoup de temps à expliquer la genèse donc je vais maintenant expliquer pourquoi on le fait.

Olivier : Bah oui parce que c’était ça ma question suivante. Pourquoi avoir fait ça ? Parce qu’on commence à comprendre un peu, l’idée c’est peut-être d’accélérer son vieillissement, de comprendre son vieillissement …

Nicolas : Je vais revenir dessus, mais ça me paraissait important de revenir sur d’où ça venait parce que c’est l’intérêt de ce podcast, de voir les cheminements des idées, de la création. Si je devais te répondre de manière très pragmatique, il se trouve qu’on a aujourd’hui un changement climatique qui affecte notre planète et on a tous à agir dessus. 

Et quoi qu’il advienne il est déjà tard, je ne pense pas qu’il soit trop tard mais il est très tard.

Et le premier des sujets qui devrait nous préoccuper en tant qu’espèce c’est l’agriculture. Parce qu’il ne faut pas se tromper, le changement climatique ne menace pas la planète, elle va continuer à vivre, c’est l’espèce humaine qui est menacée. Et si on regarde la pyramide de Maslow, la première base c’est de se nourrir. Et donc clairement quand on se peut plus faire pousser de légumes et se nourrir, on commence à avoir de vrais problèmes. Notamment parce qu’on est dans un moment où on commence à voir les limites du l’agriculture chimique et mécanique.  On a des corrélations détaillés entre certains pesticides et le cancer et Alzheimer. Donc on veut une agriculture plus saine et plus résiliente, qui soit capable de faire face au changement climatique.

Donc la théorie de base, c’est en ce qui nous concerne, on a monté un programme de recherche avec 6 expériences, le vin est une des 6. Les autres ce sont surtout des expériences de botanistes, on a envoyé 320 plants de vignes sur la Station Orbitale.

Et donc c’est 320 plants ont passés plus d’1 an sur la Station Orbitale et ils ont été exposé à l’environnement particulier (sans gravité). Et comme je le disais la gravité est un point d’ancrage tellement important sur Terre que quand on l’enlève ça crée un stress titanesque sur tout ce qui est vivant. La plupart du temps ça tue ce qu’on met dans l’espace, mais ça accélère certaines évolutions naturelles parce que la nature est résiliente et veux vivre.

Donc elle essaie de trouver une façon de se recomposer pour faire face. Et donc c’est ça qu’on veut observer et capturer. En ramenant ces plantes qui ont survécu à l’absence de gravité, on fait le paris qu’elles auront évoluées et pourront résister à des stress moins important, notamment ceux liés aux changements climatiques (moins d’eaux, des sols plus salés). Et clairement les plantes aiment l’eau, elles en ont besoin et le sel elles n’aiment pas.

Olivier : Et du coup ça veut dire quoi ? Ça veut dire que quand on envoie des plantes dans l’espace elles vont se modifier génétiquement, que tu vas pouvoir les rendre plus résistantes pour affronter les problématiques de changement climatiques ? Je ne comprends pas bien les résultats que tu vas obtenir.

Nicolas : Je vais te dire 2 choses. On est des botanistes donc la réponse à la question c’est oui. Oui on pense que les plantes qu’on va exposer dans certaines conditions à l’environnement spatiale vont évoluer vers de nouvelles espèces naturelles plus résiliente à des stress moins élevés. Le deuxième point c’est qu’il faut bien avoir la vision de ce qu’est la vie. La vie c’est un état de mouvement permanent. C’est-à-dire que ton corps, toutes les nanosecondes il se passe quelque chose. Notre corps évolue de manière génétique tout les jours.

Qu’on soit très clair, ce n’est pas de la science-fiction, tous les jours on évolue. La façon dont depuis des années on fait évoluer des espèces, les mandarines, les variétés de pommes, c’est avec des boutures, c’est en stressant les plantes. On est plus dans une logique de permaculture. Donc on a récupéré ces plants de vignes qu’on a mis en état dormant avec les équipes de l’ISVV, on pensait que la plupart allaient mourir, mais la majorité à survécu, et on ce qui nous a ému c’est que certains avaient bourgeonnés.

Et donc on les a replantés avec l’ISVV et des serres, et on a signé un partenariat avec Mercier, qui est un des plus grands groupes de pépinières viticoles dans le monde. On est dans l’aspect de la nature, on les a replantés et on attend. On va étudier comment elles vont pousser, les feuilles, les niveaux chimiques et comment elles vont évoluer, comment le vin va évoluer.

Olivier : Alors juste avant ça, il y a aussi un enjeu économique parce qu’on parle de réchauffement climatique, je pense que la région de Bordeaux avec tous ses vignobles va être affectée par ça. Je ne suis pas spécialiste mais je pense qu’il va y avoir des conséquences. Est-ce que dans ce projet il y avait aussi cette vision économique ? Parce qu’on parle d’un avenir très proche, 30 ans.

Nicolas : La vigne est intéressante pour 2 raisons. Tout d’abords parce que c’est un segment agricole qui, parce qu’il a plus de valeur ajoutée, a donc plus de moyen ce qui a permis d’avoir un tissu de chercheurs avec un niveau technique et un savoir faire très élevé, plus que dans d’autres sujets.

La deuxième chose c’est que 

la vigne c’est le canari dans la mine, c’est une plante avec une fragilité extrême qui va donc réagir beaucoup plus vite à ces changements.

Et donc si on revient à ce sujet économique. Dans les années 70 dans le médoc quand on faisait des vins, on en avait avec des degrés d’alcool de 11-12, aujourd’hui les même châteaux font des vins a 13-14-15 degrés d’alcool. On peut s’interroger sur ce qu’il se passera dans 30 ans. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Replanter des vignes avec des vignes naturelles, clairement plus résistante à ces évolutions climatiques, pouvant produire du vin de qualité. Notre ambition avec le groupe Mercier c’est de faire des plants de vignes, qui ont gagné des qualités en étant exposés à l’absence de gravité.

Olivier : Est-ce que tu prévois de faire d’autre lancement de plantes dans l’espace ? Parce qu’on n’a pas beaucoup parlé de Space Cargo Unlimited, qui s’apparente beaucoup je trouve à une société de R&D.

Nicolas : On est des armateurs spatiaux. On pense qu’il y a beaucoup de chose qu’on peut faire pour la Terre depuis l’espace, et il se trouve qu’on a fondé une filiale à Bordeaux qui s’appelle Space Biology Unlimited, qui se focalise sur l’agriculture et l’avenir de l’agriculture. Mais on pense que Space Cargo a beaucoup plus d’application. Je réponds à ta question sur la mission Wise donc ce programme de recherche sur la viticulture, si on a des éléments probants on en enverra d’autres, parce que l’élément de base, c’est quand même les plantes. Après c’est quand même le vin, et il faut savoir que le vin c’est un liquide vivant, quand il est dans la bouteille il évolue, il y a des réactions entre les levures, les bactéries, le sucre. On a beaucoup de chose à étudier et à regarder. Même si ça reste plus simple à étudier que le corps humain.

On pense qu’en continuant à regarder on va continuer d’affiner notre programme de recherche. On va étudier par exemple la fermentation qui est essentielle dans l’alimentation et la pharmacie. On va voir comment on peut optimiser, les serres qu’on a construites avec l’ISVV.

Aujourd’hui on a une certaine expérience, on a fait 3 lancements dans l’espace. Un avec la NASA, un avec Blue Origin et un avec l’agence Européenne et SpaceX. On est tout à fait en capacité d’offrir à n’importe quelle entité qui serait en capacité de travailler avec nous sur des projets de recherche, mais aussi d’industrialisation.

Par exemple il y a un projet qui s’appelle Made In Space, et qui sur l’ISS a des imprimantes 3D pour fabriquer du câble. Et donc même si le procédé de création est le même que sur Terre, le résultat dans l’espace est différent, il n’y a pas de polymérisation ce qui rends le câble beaucoup plus conducteur, 10 fois plus conducteurs tout ça parce qu’ils sont produits sans gravité. Aujourd’hui c’est à l’état prototypale, parce que c’est aller dans l’espace, le fabriquer puis le ramener ça coute très cher. Mais c’est ce qui permet aujourd’hui d’imaginer qu’il y a beaucoup de choses qu’on peut faire dans l’espace pour aider la Terre.

J’aurais dû commencer par la mais l’état d’apesanteur prolongé sur Terre on ne sait pas comment le créer. Une expérience qui a vraiment marquée c’est Jumeau dans L’espace, que la NASA a fait il y a maintenant 3 ans, avec un astronaute (Scott Keley) qui est parti dans l’espace pendant 1 an et son frère jumeaux est resté sur Terre et quand Scott est revenu sur Terre son expression génétique avait évoluée, donc il n’était plus exactement le jumeaux de son frère juste en ayant passé 1 an dans l’espace.

Olivier : C’est assez dingue quand on entend ça, parce qu’on se dit qu’aujourd’hui on peut envoyer tout un tas de chose dans l’espace, et l’espace devient un espace d’expérimentation.

Nicolas : Alors oui mais ça reste extrêmement compliqué, accéder à l’ISS c’est extrêmement compliqué, avoir des cargos aussi.

Olivier : Juste pour avoir une idée approximative mais ça coute combien d’envoyer quelques bouteilles de vin dans l’espace ? Sans donner un chiffre exact mais pour avoir un ordre idées.

Nicolas : Qu’on soit très clair, ce sont des coûts considérables, n’y a rien de catalogué. Je ne l’ai pas dit mais l’alcool est interdit sur l’ISS et les containers en verre aussi, donc on part de la en disant qu’envoyer des bouteilles là-bas est très compliqué, et il y a des tas d’anecdotes et d’histoire là-dessus.

Mais pour revenir à ta question c’est des dizaines de millions d’euros. Parce qu’il faut financer les fusées, les infrastructures. L’ISS a couté des dizaines et des dizaines et des dizaines de milliards d’euros, et elle coute des milliards à maintenir. Ce sont des sommes titanesques.

Mais comparativement ce sont les mêmes genres de coûts qu’avaient les armateurs quand ils voulaient envoyer des bateaux à travers les océans au 16ème siècle.

De toute façon ces couts vont baisser, il y aura de plus en plus d’opportunité.

Olivier : Bon écoute on arrive au bout de l’enregistrement, juste pour terminer je posse une question à tous mes invités dans ce podcast : Pour toi, qui est la personne de l’histoire qui symbolise, représente le mieux l’innovation ? Tu peux aller dans tout les domaines que tu veux.

Nicolas : Alors je n’ai pas écouté tous les podcasts donc je vais sûrement dire un nom déjà dit. Mais pour moi c’est Léonard de Vinci. Il avait cette créativité et ingéniosité et à la fois cette âme et talent d’artiste pluridisciplinaire. Qui était une figure de son temps, et qui l’ai toujours. On a tous de l’inspiration venant de beaucoup de gens, je parle de Louis Pasteur, c’est aussi un chercheur incroyable qui m’inspire beaucoup.

Olivier : Et bien merci beaucoup Nicolas pour se temps passé avec moi, c’était passionnant, et très intéressant, et toujours surprenant. J’espère que ce projet va continuer d’avancer et donner des fruits.

Nicolas : Il faut être très humble parce que tout peut également s’arrêter, j’ai adoré le jeu vidéo et j’adore toujours le jeu vidéo mais essayer d’apporter des solutions à l’agriculture de demain et aux problèmes de demain c’est aussi très bien.

Olivier : Oui je vois qu’il y a beaucoup de gens qui ont cette envie de sauver la planète en innovant en créant des entreprises.

Nicolas : Chacun d’entre nous sur nos modes de vies, de consommation. On voit avec cette pandémie à quel point on est fragile, et j’espère que l’intelligence collective émergera au final.

Olivier : On peut faire confiance à l’être humain pour ça, on s’en ai toujours sorti. Merci encore et peut-être à la prochaine fois sur Bordeaux.

Nicolas : Merci encore Olivier et à la prochaine fois

Olivier : Comment j’ai innové c’est terminé, merci de nous avoir écouté. Si vous avez aimé n’hésitez-pas à liker et à partager rien ne nous ferait plus plaisir.

Sur ce nous vous souhaitons une bonne suite sur le programme de votre quotidiens et une bonne innovation.