Podcast #8 avec Elie Sloïm figure du web français

Elie Sloïm est le dirigeant de la société Opquast qu’il a fondée en 2000

Avant cela il a fait un DESS en technique de contrôle et assurance qualité

Il a également une maitrise en chimie 

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Olivier Sauvage : Comment transformer une idée en projet ? Comment transformer un projet en produit ? Et comment transformer un produit en succès ? Tel est l’enjeu de l’innovation et telles sont les questions auxquelles ce podcast que j’ai l’honneur de vous présenter essai de répondre. Avec des personnalités, des femmes, des hommes, des entrepreneurs et entrepreneuses, des aventuriers et aventurières, des inventeurs et inventeuses, qui marquent de leurs pates le monde d’aujourd’hui et le transforme pour nous donner à tous un avenir plus enchanteur, plus sobre et plus harmonieux. Bienvenue sur Comment j’ai innové, le podcast de Markopolo dédié à l’innovation et aux innovateurs.

Je suis Olivier Sauvage et j’ai le plaisir d’accueillir sur cet épisode, Eli Sloïm figure du web français, inventeur d’un control qualité avant l’heure. Comment l’a-t-il créée, d’où lui est venue l’idée, comment l’a-t-il imposé sur le marché ? On en parle tout de suite dans Comment j’ai innové épisode 8.

Bonjour à tous, bonjour à toutes chers auditeurs, chères auditrices, j’ai le plaisir de recevoir sur Comment j’ai innové Elie Sloïm, le fondateur et dirigeant de la société Opquast. Elie tu es le père de 2 enfants, tu vis près de Bordeaux, il y a plein de Bordelais qui viennent en ce moment dans ce podcast.

Tu aimes la musique, la cuisine et le bon vin, ce qui nous fait plein de points communs. Tu consacres également une petite partie de ton temps à une Amap, alors je ne savais pas ce qu’est une Amap alors je suis allez voir, c’est une Association pour le Maintien d’une Activité Paysanne. Tu viens du monde de la chimie et puis surtout et c’est ça qui va nous faire rejoindre le présent, tu t’es spécialisé en fin d’étude dans ce qu’on appelle l’assurance qualité en laboratoire. Et ce qui t’a conduit quelques années plus tard à créer la société dont nous allons parler. J’ai aussi vu que tu fais beaucoup de conférences, que tu es aussi auteur.

Tu as écrit un livre qui s’appelle Qualité Web, qui est publié chez Eyrolles et chose aussi dont on va parler tout à l’heure, tu as créé un référentiel qualité, je ne sais pas si je le dis bien, le VPTCS qui date de 2001.

Aujourd’hui on va parler de ton métier, on va parler de qualité web parce que j’ai l’impression que c’est la grande affaire de ta vie.

Bonjour Elie !

Elie Sloïm : Bonjour !

Olivier : Pour commencer peut-être un mot sur Opquast, qu’est-ce que Opquast ?

Elie : Opquast au départ c’est un projet collectif qu’on a lancé fin 2003, début 2004 qui consiste à regarder s’il existe des règles, relativement invariables pour assurer la qualité d’un site web. On a commencé à travailler de façon collaborative sur ce projet, puis c’est devenu une entreprise. On a longtemps travaillé dans le domaine de l’audit, c’est-à-dire la vérification des sites en eux-mêmes. Depuis un moment maintenant on travaille surtout sur la partie formation, l’humain en fait et leurs compétences.

Olivier : Je me pose une question, parce que tu viens si j’ai bien compris du monde de la chimie et pas de celui du web.

Qu’est-ce qui t’a fait franchir le pas si tôt ? Parce que quand on parle de 2003, c’est l’antiquité dans l’histoire du digital.

Qu’est-ce qui t’as fait franchir ce cap du monde de la chimie où on parle de molécule au monde du digital où on parle plutôt de pixels ?

Elie : J’avais une formation, une maîtrise de chimie, et à la sortie de cette formation j’avais la possibilité de partir vers de la recherche fondamentale, avec la possibilité de faire un doctorat sur les matériaux composites et j’avais l’autre possibilité d’aller vers un DESS (l’équivalent d’un master) centré sur l’assurance qualité en laboratoire. C’était la première année où ce DESS était créé et l’idée c’était « Comment est-ce qu’on garantit la qualité des analyses dans un laboratoire d’analyses ? »

Donc j’ai fait cette spécialité puis je suis allé dans le monde du pétrole pendant un moment, puis ensuite dans le monde du vin. J’ai vu arriver le web vers 97-98. J’ai travaillé avec un ami sur un site web autour de la logistique. On s’était posé la question de « Comment est-ce que le E-commerce va impacter le monde de la logistique ? » J’ai joué le rôle de webmaster, et je me suis pris de passion pour le web, et je me suis dit « Tiens, la question qu’on a posée sur le monde de la logistique, est-ce qu’on pourrait la poser sur le monde de la qualité ? », et je suis parti comme ça en 2000, en créant un site qui s’appelait E-qualité.com 

Olivier : Qu’est-ce qui t’a fasciné dans le web ? Parce que tu avais une formation plus d’ingénieur, donc qu’est-ce qui t’a plus attiré dans le web que dans le pétrole ou le vin ?

Elie : J’ai senti dès les premières connexions qu’il était en train de se passer quelque chose d’immense, de géant. J’ai vraiment eu cette impression qu’on était au début d’une évolution majeur. On est sur quelque chose qui peut s’apparenter à l’arrivée de l’imprimerie. La possibilité de communiquer avec des gens du monde entier instantanément, la possibilité de se connecter instantanément à tous les savoirs. Avant on avait l’encyclopédie universalis, mais quand on voulait chercher une info il fallait chercher dans un bouquin et il y avait de grandes chances que quand on ait l’info, elle soit particulière datée.

Donc voilà j’ai eu cette fascination immédiate.

Olivier : Tu as parlé de E-commerce, de logistique, mais si je comprends bien on était dans les années 90 donc c’est encore très très tôt parce que le E-commerce dans les années 90, en tout cas en France personne n’en parlait, ça commençait un peu à émerger. Donc tu étais déjà un peu dans ce milieu ?

Elie : Le hasard joue un rôle super important, le hasard et la sérendipité, mon meilleur ami travaillait dans la logistique et s’est dit qu’il allait publier des articles sur ce que pouvait devenir la logistique de l’e-commerce. Ça s’appelait E-logisticien.com et c’était le plus important site de logistique en France dans les années 98-99, c’était un site très important pour la communauté de la logistique, donc une très petite niche. Et c’était simplement des gens qui se demandaient ce qu’il allait se passer au niveau de la logistique. On était au début d’Amazon, et tout ce qu’il s’est passé après avec la question du dernier kilomètre, des entrepôts, et donc cet ami avait entrevu ça.

Et donc c’est le hasard, parce que je me suis dit qu’il avait entrevu comment le web allait impacter le domaine de la logistique donc je devais regarder comment mon métier allait être impacté aussi.

Elie : Je crois ! Alors attention l’assurance qualité, pas la qualité, c’est-à-dire que nous on n’est pas les gens qui font la qualité mais je t’en reparlerai, je ne voudrais pas t’éloigner.

Olivier : Tu as ressenti un besoin de normer les choses ? Comment cette gestation s’est-elle faite ?

Elie : Alors c’est très technique finalement. Le métier de qualiticien, d’ailleurs c’est pour ça que je me suis permis de te reprendre quand tu as parlé de qualité, je vais plutôt parler d’assurance qualité surtout maintenant. 

La qualité on ne sait pas trop ce que c’est, c’est très subjectif, chacun à sa perception.

C’est pour ça que les gens qui font ce métier vont plus parler de contrôle qualité, de maitrise de la qualité, plutôt que de qualité qui est très subjectif. Ce que ça veut dire c’est que pour travailler on a besoin d’objectiver les choses. Et pour les objectiver on a besoin de documents, de choses qui sont stables et acceptées.

Quand je suis arrivé j’ai fait deux choses : J’ai créé ce site qui s’appelle E-qualité.com, j’ai créé un annuaire de liens, de personnes qui avaient un impact sur la qualité des sites et puis je me suis demandé comment on pouvait objectiver ça. Et ça m’a mené vers des grilles d’évaluations, qui existaient dans le domaine de la santé et de l’éducation. Et des gens qui en Suisse et au Canada posaient la question suivante : « J’ai une classe d’élèves et je veux les faire travailler sur le web, comment est-ce que j’utilise et sur quoi je peux les envoyer ? »

Il y avait déjà des risques majeurs. Mais il y avait surtout 2 questions qui se posaient. La question de la qualité et de la fiabilité des contenus, et une deuxième discipline qui était la partie ergonomique. J’ai créé un forum, j’ai crée un outil d’auto-évaluation des sites. Si tu as un qualiticien, tu cherches le référentiel derrière, toujours.  

Olivier : Et des référentiels il y en avait ?

Elie : Des référentiels qualités transversaux il en existe peu, même en 2021. Il en existe au moins 1 que je connais très bien vu que je fais partie des auteurs, mais l’approche transversale centrée sur la qualité sur le web n’est pas très pratiquée. On avait des gens, on avait déjà des silos. On avait des gens qui travaillaient déjà sur l’ergonomie, la qualité graphique, la technique, le respect des standards…On a compris qu’il se passait quelque chose au niveau des services. 

Parce que tu pouvais prendre les commandes en 2000, le souci c’était le dernier kilomètre, pour livrer c’était l’enfer.

Donc on a travaillé pendant 2 ans. A plein temps, moi j’avais démissionné, j’était sponsorisé par Pole Emploi et j’ai crée ma boite le 15 décembre 2000, en me disant allons-y !

Olivier : J’ai une question à ces axes d’évaluation de la qualité. Tu parlais des contenus et de l’ergonomie et j’ai une question sur les contenus. Parce que c’est d’actualité quand on parle de fake news, on sait très bien qu’on vit dans un monde ou la qualité et la provenance de l’information est difficile à déterminer. Et donc je me demandais comment on peut juger objectivement de la qualité d’un contenu ? C’est facile ou ce n’est pas facile ?               

Elie : Ce n’est pas facile mais c’est très bien balisé et ce n’est pas nouveau. C’est ce que je te disais quand on a regardé les grilles d’évaluation sur les sites web et notamment ceux centrés sur la santé et l’éducation, c’était la question numéro 1. On va chercher des informations sur l’auteur on va chercher des bibliographies, on a une liste de critères qui existent depuis très longtemps, et en fait c’est une liste de critères comme en ont les documentalistes, des bibliothécaires, la validation par les paires. En 2000 c’était la question centrale avec l’ergonomie puis ça a disparu jusqu’en 2016. J’ai également fait un bouquin sur comment faire un tri de cartes.

Olivier : On peut peut-être expliquer ce qu’est un tri de cartes ?

Elie : Alors un tri de carte, c’est une approche d’ergonomie dans laquelle on va lister un certain nombres d’informations et de sujets, et on va réfléchir de manière collective, puis on va essayer de les classer pour leur donner une structure en fonction de diverses choses qui peuvent apparaitre. C’est très utile dans le domaine de l’architecture des sites. Parce qu’il y avait un très grand nombre de catégories, de sous-catégories et j’ai tout rassemblé dans un tableur et j’ai fait des copier/coller pour organiser tout ça. Puis je suis tombé fin 2000, début 2001 sur le modèle VPTCS (visibilité perception technique contenu service). Et pour nous ce modèle est capital car il nous aide à structurer et expliquer ce qu’est la qualité d’un site pour l’utilisateur.

Olivier : Ce modèle c’est un modèle que tu as inventé c’est ça ?

Elie : Oui tout à fait, avec mon collègue Eric Gateau qui est ergonome. C’est un peu de la chance la aussi, ce modèle a mis en évidence une structure dans un modèle un peu informe. On s’est rendu compte que ce modèle permet de comprendre les enjeux et les critères utilisateurs. On a conçu un annuaire sans savoir qu’on allait dans cette direction. Je crois beaucoup en la sérendipité. C’est-à-dire de tomber sur des choses qu’on n’avait pas prévues. Tu veux peut-être que j’explique ce qu’est la sérendipité ?

Olivier : Oui tu peux parce que même si c’est un terme que je connais et qu’on rencontre pas mal dans le digital. Je te laisse l’expliquer et après j’aurai une question sur ce concept.

Elie : Ça marche. La sérendipité c’est la capacité en résumé à trouver ce qu’on ne cherche pas. Et effectivement on ne cherchait pas un modèle.

Olivier : Ok et bien justement j’avais une question par rapport à ça parce que je connais déjà le concept de sérendipité. Et donc quel état d’esprit il faut avoir pour accepter quelque chose qu’on ne cherchait pas ? Parce que quand on innove on a souvent des idées qui fusent, qui apparaissent mais il y a des gens qui vont refuser ces idées et d’autres qui vont les accueillir, c’est ça la sérendipité. Comment tu te définis par rapport à ça ? Est-ce que tu es quelqu’un capable de changer de route comme ça quand tu te rends compte qu’il y a quelque chose a faire ?

Elie : C’est marrant parce que c’est peut-être la réponse à la question que tu as posée tout à l’heure sur pourquoi j’ai choisi le web. J’étais dans la chimie et les réactions chimiques elles évoluent peu, j’étais dans le pétrole et le processus de raffinerie ne change pas beaucoup non plus. Et j’étais dans le vin et les processus évoluent assez peu également. Et là j’arrive dans le web et finalement chaque jour il se passe des choses différentes. Il y a un lâché prise parce que je ne sais pas sur quoi je vais tomber demain, je ne sais pas ce que je vais trouver, j’ai fait des erreurs, mais j’essaie de me faire confiance. Le modèle VPTCS quand je l’ai trouvé je me suis dis que c’était important mais je n’avais pas réalisé à quel point ça l’est. Je m’en suis rendu compte 10 ans plus tard.

Olivier : C’est très intéressant parce que j’ai l’impression qu’en France on est dans une culture qui a du mal à faire face à l’imprévu, l’inconnu, au lâché prise. Est-ce que tu trouves qu’on a problème culturel avec ça en France, est-ce que c’est quelque chose que tu as ressenti, qui a pu être un frein ?

Elie : Pour avoir pas mal voyagé et pas mal parlé d’assurance qualité sur toute la planète, je me suis rendu compte qu’on me disait souvent la même chose, c’est-à-dire que par exemple les gens mettent sur la France cette idée qu’on accepterait plus ou moins l’innovation, qu’on serait plus ou moins doué dans le web. Et puis en fait, on se rend compte, que quand tu vas en parler à l’étranger tout le monde ressent occasionnellement les même difficultés. Je pense qu’il y a plein de gens qui innovent tout le temps, ici comme ailleurs, on a une petite tendance à se faire des dégagements de responsabilités, mais je n’ai pas l’impression que ça soit plus français qu’autre chose.

Olivier : Revenons au rail de notre conversation, parce qu’on a parlé du VPTCS, mais je n’ai pas l’impression qu’on a vraiment expliqué ce que c’est. Parce que c’est un acronyme un peu long, un peu compliqué. Concrètement c’est quoi ?

Elie : D’abord l’acronyme c’est : Visibilité Perception Technique Contenu Service. Qu’on mémorise grâce à un membre de la communauté Opquast qui a dit « Va Pas Te Croire Supérieur ». C’est un modèle d’exigence utilisateur. Et donc ce modèle nous a donné 5 variables qui ont un impact utilisateur majeur et sur lesquels on ne peut pas être mauvais. Le site doit être : facile à trouver, facile à utiliser, il doit fonctionner, il doit proposer des contenus de bonne qualité et il doit proposer des services.

Puis on a analysé le modèle et on s’est très vite rendu compte que la valeur ajoutée d’un site se trouve dans ses contenus et ses services. Encore aujourd’hui j’arrive dans des entreprises et quand je leur dis ça ils me répondent que c’est la première que quelqu’un leur dit. Je vais être très enthousiaste parce que c’est un modèle que j’aime beaucoup.

Olivier : On va en parler de la communauté Opquast parce qu’elle est très active et je la suis de temps en temps. Juste pour revenir sur le modèle VPTCS c’est une check liste, une grille de 200 et quelques critères c’est ça ?

Elie : Le modèle en soit est totalement indépendant. C’est un outil conceptuel, avec ses atouts et ses limites qui nous sert essentiellement à communiquer et à fixer un périmètre. C’est un outil pour expliquer à quelqu’un l’étendue de ce qu’il faut faire sur un site web, l’étendue des métiers impliqués, la valeurs des contenus et services. Il sert de point de départ à une autre réflexion.

Et à partir de 2003, on s’est demandé si à partir de ces 5 exigences utilisateurs, s’il y a des règles invariables. Ça a donné le projet Opquast qui est devenu une entreprise par la suite. Et donc à partir d’une réflexion autour de l’UX et de l’UI on a sorti une liste de points, il y en a 153 que l’on fait évoluer depuis, et ça c’est notre référentiel.

Olivier : Est-ce que tu peux expliquer ce que veulent dire UX et UI parce que ce sont des termes très courants dans le monde des UX designers mais je ne sais pas si nos auditeurs savent ce que c’est.

Elie : Je l’explique au travers de l’expérience utilisateur et je considère que l’expérience utilisateur, dans notre domaine c’est ce qui va se passer avant, pendant et après l’utilisation de l’interface. Et l’interface c’est ce qu’il se passe quand on utilise le site ou l’application. J’utilise mon modèle pour affirmer que l’interface est une problématique à la fois de contenu comprenant des critères ergonomiques et graphiques, techniques et éditoriaux. Quand on travaille la question de l’UX est totalement différente de la question de l’interface, parce qu’on va se demander ce que la personne fait la, de quoi avait-elle besoin, comment elle est arrivée et avec quoi elle va repartir.

Voilà comment grâce à ce modèle je sépare UX et UI.

Olivier : Revenons sur ces règles, tu disais qu’il y en avait 153 au début, il doit y en avoir beaucoup plus aujourd’hui. Et donc comment fais-tu évoluer ces règles ? Elles se basent sur quoi ?

Elie : On organise des ateliers en ligne publics, dont les résultats sont toujours consultables en ligne. Ils durent entre 3 et 6 mois, tout les 5ans. On s’est donné un temps où la liste est stable. Donc pendant 5 ans on se laisse le temps de déployer les règles dont on est sûr. Et on fait un tri, on reformule pour que les règles soient universelles, réalistes, vérifiables et durables. Qu’elles durent au moins 5 ans et on extrait tout ce sur quoi on ne peut pas se prononcer.

J’en parlais ce matin avec un collègue. Je n’aime pas être contredit. Je suis un peu lourd.

J’aime bien ne pouvoir affirmer que ce dont je suis sûr.

Et donc au lieu de tout dire on élimine ce sur quoi on ne peut pas se prononcer. Ça veut dire que quand on vous propose une liste de 240 règles, on veut que les experts comme toi Oliver vous regardiez la règle et que vous vous disiez « Zut je ne peux pas les réfuter, ils ont raison, c’est argumenté ». Et donc le boulot de ces ateliers c’est d’établir un  consensus a minima, donc s’il n’y a que 10 règles sur lesquelles on arrive à se mettre d’accord, ça veut dire que ces 10 règles il faut les appliquer. Il se trouve qu’on en a 240 et qu’il faudrait les appliquer. On a sorti d’autres référentiels qu’on cache un peu, on en a sorti un sur l’open Data qui est utilisé par beaucoup de villes nord-américaines. Cette liste de règles permet de savoir que lorsque l’on fait quelque chose on est sûr de ce qu’on fait. Et de savoir exactement ce que chaque action va avoir comme impact.

C’est pour ça qu’on a de plus en plus de règles, et beaucoup d’entre elles sont invariables. Et les règles qui ont mal vieilli c’est qu’on les avait mal choisies. On a fait beaucoup beaucoup d’erreurs. On a aussi fait des métarègles. Dans la première liste on disait « le site respecte le niveau A des standards d’accessibilité ». Donc là on embarquait dans une règle 200 autres règles, c’est mal, faut pas le faire.

Olivier : On va parler des utilisateurs, j’ai vu qu’il y a une communauté importante de gens qui tournent autour d’Opquast. Qu’est-ce que c’est que cette communauté et à quoi elle sert ?

Elie : On a environ 50-100 personnes qui nous suivent depuis le début et qui ont compris nos méthodes, comment on fonctionne. Des gens qui sont capables de venir sur le forum pour dire « non cette règle de s’appliquera pas dans telle et telle situation. Attention elle ne s’appliquera plus dans X temps », des gens qui sont capables de remonter les règles et de faire la différence entre règles durables et recommandations. Et au fur et à mesure on a des gens qui se rendent compte de la solidité et de la performance de ce qu’on fait. Des gens qui se rendent compte que ce que l’on fait c’est un premier pas, c’est Va Pas Te Croire Supérieur (VPTCS), cette idée là sert d’aspirateur vers d’autres compétences.

On a trois missions : 1 créer des règles, des référentiels de règles, 2 former et certifier c’est là-dessus qu’on vit, c’est notre business modèle puisque que les référentiels sont en open source en grande partie, 3 l’animation de l’écosystème dans lequel on aide à améliorer les sites.

Olivier : Est-ce que tu aurais penser à faire VPTCS sans cette communauté, est-ce que ce n’est pas lié à cette envie d’innover en permanence, et même d’innover ton propre business modèle ?

Elie : Alors VPTCS il ne bouge pas, mais en réalité on est en train de revenir sur des choses très basiques. Quand on travaillait en faisant de l’audit on travaillait plus sur les moyens que sur les résultats. Et je me rends compte que je suis en train de faire un cycle d’une vingtaine d’années et que je reviens à l’assurance qualité sur les sites. Avec des normes très bien documentées. Et c’est rigolo parce que j’ai pas l’impression qu’on soit innovant parce qu’on revient sur ce qu’on faisait en quelque sorte au départ. On a fait un tour, pour créer des règles, poser des jalons, mais maintenant on utilise les règles qu’on a crée et ce n’est plus vraiment innovant.

Olivier : Il ne faut pas dire ça dans un podcast dédié à l’innovation quand même !

Elie : Nan mais je trouve que le chemin est très rigolo, que le chemin est très innovant, la reproduction dans le domaine du web de choses qu’on a vues il y a 30 dans le domaine de l’industrie. Tu me dis si je me trompe hein 

Olivier : Non mais d’un point de vue personnel je suis totalement d’accord, j’ai l’impression que tu me dis qu’il y a un recyclage des choses, et que l’innovation c’est aussi du recyclage et pas que de l’invention pure forme.

Elie : C’est une grande question, la recherche fondamentale et l’innovation. L’innovation ça peut être l’application de règles et de concepts à un secteur qui ne les appliquait pas jusque-là. Et là on est en plein dedans. L’assurance qualité dans le web elle arrive, elle est déjà dans le jeu vidéo. On n’envoie pas un jeu vidéo sans avoir fait de QA (quality assurance), parce que les risques sont majeurs et qu’il y a des studios qui ont fermé à cause de bugs. Dans le jeu vidéo ça ne rigole pas et dans le domaine du web ça arrive.

Olivier : Alors Elie on arrive au bout de ce podcast, malheureusement parce que le temps cours. J’ai une dernière question pour toi, la question signature de Comment j’ai innové : est-ce que tu as en tête un personnage historique qui représente pour toi l’innovation, l’invention ?

Elie : Il y a les grands classiques, j’y avais réfléchi en avance (tu m’avais prévenu), en ce moment on pourrait parler d’Elon Musk, mais il m’énerve, en ce moment je trouve qu’il part en sucette. Mais c’est passionnant ce qu’il est en train de faire et en même temps il m’énerve parce qu’il n’a pas de valeurs.

J’y ai réfléchi et je me suis dit en ce moment une des personnes qui m’intéresse le plus parce que ça concerne un sujet qui me préoccupe. Le deuxième sujet qui me préoccupe le plus, qui est l’émergence d’un revenu de base inconditionnel, qui est un sujet qui me passionne et que je crois urgent pour sortir les gens de la pauvreté. Et j’aimerais parler d’Esther Duflo qui a eu le Nobel d’économie sur ses travaux sur la pauvreté. Et cette dame fait des expériences sur la pauvreté en appliquant des principes scientifiques au travers d’échantillons et de vérification par l’expérience que certaine expérimentations marchent et ont des effets sur la société, et dans ce domaine de l’économie qui est irrationnel, parce qu’on peut tout entendre et son contraire.

Et puis finalement on se dit que le rôle de l’économie c’est de rendre les gens le plus heureux possible, et c’est pour ça que je pose le revenu inconditionnel, on va donner aux gens le moyen de sortir du seuil de pauvreté. Et le travail d’Esther Duflo c’est de trouver qu’il y a une compétence extrême des personnes qui ont peu de choses pour trouver des solutions innovantes pour avancer. Donc on a cette idée que si les riches ont de l’argent c’est qu’ils savent le gérer alors que non, ceux qui font des miracles avec l’argent ce ne sont pas ceux qui arrivent à le multiplier c’est ceux qui arrivent à vivre avec 400 euros par mois. Ça c’est compliqué, arriver à faire vivre des enfants quand on est une femme seule c’est compliqué. Et il faut arrêter de les considérer de manière condescendante.

Olivier : Et bien merci beaucoup pour ce point de vue, pour information on a déjà eu Napoléon, on a eu Jimmy Hendrix on en a eu d’autres, mais je trouve qu’Esther Duflo vient parfaitement compléter notre collection d’innovateurs.

Merci beaucoup, on a terminé, je pense qu’on aurait pu encore en discuter pas mal de temps.

Je te souhaite le meilleur pour l’avenir et une bonne continuation dans ton projet et j’espère qu’on aura l’occasion de se rencontrer un jour en vrai à Bordeaux.

Elie : Ça marche merci de ton accueil, à bientôt Olivier

Olivier : A bientôt bonne journée.

Comment j’ai innové c’est terminé, au nom de toute l’équipe je vous remercie de votre écoute, et j’espère que vous avez aimé ce podcast, et si vous l’avez aimé n’hésitez pas à le liker et à le partager rien ne nous ferait plus plaisir.

Au prochain épisode j’aurais le plaisir de m’entretenir avec un jeune homme qui cherche à rendre notre monde plus intelligent, plus écologique et plus pratique, j’ai nommé Damian Pi de Dan technologie, inventeur de Bob le mini lave-vaisselle. Sur ce je vous souhaite une excellente suite dans la suite de votre programme quotidien.