Le biais cognitif qui nous fait rater beaucoup de solutions

Enfant faisant du vélo

Fallait-il enlever ces roulettes à ce vélo ?

Je ne sais pas de quelle génération vous êtes, mais vous vous êtes peut-être sans doute déjà demandé pourquoi on n’avait pas pensé avant à retirer les roulettes et les pédales des vélos pour apprendre aux petits enfants à acquérir cet équilibre indispensable à la pratique du 2 roues.

Pour ma part, j’ai appris à faire du vélo avec les roulettes sur le côté et aujourd’hui, je regarde avec émerveillement ces bambins qui savent à peine marcher chevaucher avec fierté et habileté leur petit destrier de bois ou de métal dont on a ôté les pédales. Et, ce faisant, je me demande toujours pourquoi, depuis l’invention du vélo, il avait fallu attendre autant de temps pour trouver cette solution, si évidente en apparence, d’apprentissage ?

Eh bien, une récente étude américaine, publiée sur Nature, vient de montrer que c’était peut être un biais cognitif de notre cerveau qui souvent nous empêchait de penser dans la bonne direction et de trouver la meilleure solution quand il s’agit d’enlever plutôt que d’ajouter.

Ajouter plutôt qu’enlever : ce penchant qui nous joue des tours

D’après elle, naturellement, lorsque nous sommes face à un problème et que nous en recherchons la solution, nous sommes enclin à ajouter des choses plutôt qu’à en enlever.

Pendant, très longtemps, il n’y avait pas de chiffres qui répondaient à cette question, mais c’est désormais fait et il semblerait bien que, naturellement, nous rechignons à retirer les éléments d’un objet pour essayer de l’améliorer.

Pour ma part, j’ai toujours admiré les designs minimalistes dans lesquels il ne reste que le nécessaire. Les produits créés par Apple, ou bien le design intérieur des Volvo, toujours sobre et épuré, où, pendant longtemps, les designers semblaient vouloir toujours enlever tous les boutons qui pourtant éclosaient à profusion chez les autres constructeurs.

Le premier ipod d’Apple doit son succès à son design épuré, ou tout le superflu a été retiré.

Mais ce n’est pas la tendance générale.

La plupart du temps, les humains préfèrent ajouter de la complexité à la complexité pour résoudre leurs problèmes : l’ergonomie d’un tableau de bord, par exemple, ou bien même encore, les organisations humaines, ou les logiciels. Faites-en l’expérience vous même, la plupart du temps, nous n’utilisons qu’un très faible pourcentage de toutes les fonctionnalités d’un tableau ou d’un traitement de texte, ou de n’importe quelle autre solution.

D’au autre côté, un logiciel trop simple en fonctionnalités, sans beaucoup de « boutons » auraient tendance à nous éloigner, car nous le considérerions comme pas assez puissant, pas assez fonctionnel.

Nous pensons trop que la complexité peut résoudre la complexité

On pourrait le dire ainsi : nous avons une attirance naturelle pour la complexité, pensant que la complexité est la solution à la complexité de nos problèmes. De là vient cette propension à ajouter plutôt qu’à retirer lorsque nous tentons de résoudre une difficulté.

Dans un intéressant article de Scientific American, plusieurs expériences démontrent ce penchant est profondément ancré en nous.

Par exemple, il fut demandé à 91 personnes de rendre symétrique un motif composé de petits carreaux soit en ajoutant soit en retirant des carreaux colorés à ce motif : seul 20% des gens le faisaient en retirant des carreaux.

Pour aller plus loin, une autre expérience fut tenté. Cette fois, l’échantillon fut plus conséquent : 1500 personnes à qui les expérimentateurs demandèrent de trouver une solution pour redonner un équilibre stable à une sorte de table faite de briques de Lego.

2 groupes furent créés.

Dans le premier, il fut expliqué que pour parvenir à la solution, il était possible d’acheter des briques supplémentaires pour 10c la brique.

Dans le deuxième, la même explication fut donnée, mais il fut également précisé que retirer des briques était gratuit.

Dans le premier groupe, 2/3 des participants choisirent de retirer l’unique brique qui permettait de résoudre le problème. Ce chiffre tomba à 41% dans le 2ème groupe. (comme vous pouvez le voir dans la vidéo qui illustre cet article).

Ce que cela enseignait était (et je vous épargne les détails) que le fait de retirer quelque chose à un objet pour l’améliorer demande à l’être humain un effort que la plupart du temps il refuse de faire… ou plutôt dans lequel son cerveau semble refuser de vouloir investir de l’énergie.

Pour conclure

Mais venons en maintenant au monde de l’entreprise.

Car, évidemment, il faut bien tirer des parallèles avec la manière que nous avons tous, dans notre ensemble, de raisonner pour « innover ». Oui, le maître mot est lâché !

Quand nous réfléchissons à un problème, notre premier réflexe est toujours d’ajouter de la complexité à la complexité existante. Rarement (et à vrai dire jamais pour ce qui me concerne), nous ne pensons d’abord naturellement à tenter de simplifier les choses ou à retirer des choses au problème que nous abordons.

Et pourtant, il a été démontré qu’il coûtait parfois beaucoup moins cher de retirer une dimension à un problème plutôt que d’en ajouter. Ne nous fourvoyons tous pas souvent dans l’erreur en continuant à raisonner de la même manière sans envisager les choses sous ce nouvel angle ?

Je vous laisse réfléchir à cela jusqu’à votre prochaine séance de brainstorming ou de design thinking. Peut-être qu’après avoir lu cet article, votre inspiration sera renouvelée et inspirée par une nouvelle aspiration au minimalisme et à la simplicité !

Photo par Markus Spiske

One Comment

  1. RICHER DELPHINE

    Bonjour, si je me souviens correctement des expériences de psy-social référencées par Leyens, cette ccl semble vrai chez les adultes, mais pas chez les enfants. Merci pour cette piste de réflexion.

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