Le streaming est-il un modèle injuste pour l’industrie de la musique ?

Seuls 13,000 artistes touchent plus de 50,000$ / an

Dans une interview fort éclaire de Shira Ovide du New York Times l’on découvre l’écart phénoménal entre la promesse des géants du streaming musical et la réalité.

Conçue pour faire vivre et redistribuer généreusement les gains de la création musicale à ses auteurs, que ce soit Spotify ou Apple Music, ces deux géants n’ont, en réalité, fait qu’exacerber les inégalités qui préexistaient déjà dans cet univers.

En clair, mieux vaut s’appeler Behoncé que d’être un groupe avant-gardiste de musique électronique à l’audience limitée. Sur les 7 millions d’artistes présents sur la plateforme, seuls environ 13,000 touchent plus de 50000$ par an.

Que reprochent les artistes aux plateformes ?

Mais pourquoi ce modèle est-il ressenti comme injuste par la majorité des artistes ?

Parce qu’il se base sur un obscur algorithme de distribution des revenus qui pénalisent même les artistes qui peuvent faire beaucoup d’écoutes.

Pour faire simple : le nombre d’abonnements à ces plateformes est plus ou moins limité, tandis que le nombre d’écoutes, lui, peut-être quasiment infini. Et le problème, c’est la répartition de cette ressource limité en fonction du nombre d’écoutes. Plus ce nombre grandit, plus les subsides touchés par les artistes sont à partager entre eux. Et, à ce jeu, seuls les artistes les plus connus arrivent à « équilibrer » leur modèle économique. Les autres continuent à tirer le diable par la queue, plus encore, qu’à l’époque lointaine du vinyl ou du CD.

Le numérique exacerbe les modèles de distribution de médias

La question qui se pose est comment une entreprise à l’intention si généreuse (Spotify) a pu tordre à ce point sa mission pour finir par exacerber ce qui était déjà une injustice ? L’industrie de la musique est-elle fatalement inégalitaire ? Ou bien est-ce le numérique, comme l’a si bien démontré Philippe Delmas dans Un Pouvoir implacable et doux (Fayard 2019), qui finit par engendrer des modèles de revenus fortement inégalitaires ? En bref, le concept de longue traîne, dans le cas de ces plateformes de distribution n’est-il qu’une illusion ?

La distribution de la musique par le cloud est une véritable révolution. Déjà profondément secoué par le lancement d’iTunes au début du XXIème siècle, les plateformes de streaming n’ont fait qu’achever une mutation en cours qui rend le support obsolète et ne valorise que le contenu.

Problème : alors qu’on pensait qu’elle engendrerait une meilleure répartition de la création de valeur, il n’en est rien.

Alors, la distribution numérique de musique, révolution injuste ?

Via Streaming Saved Music. Artists hate it.

Photo by Spencer Imbrock on Unsplash

4 Comments

  1. Guillaume

    Auparavant il n’y avait pas 7 millions d’artistes. Grace au streaming, plein de chanteurs ont de la visibilité qu’ils n’avait pas avant avec les radio, les télé et magasins de disques. Le gateau est partagé en plus de parts. Certains réussissent très bien grace à ce système comme les rappeurs français qui sortent une tonne de chansons, featuring et autres pour avoir un max de streams.

  2. Patrice Lazareff

    L’époque du vinyle…. 6000 nouveaux albums par an, car produire un album coûtait le prix d’une jolie maison dans un bel endroit.

    Aujourd’hui, produire un titre de qualité technique comparable coûte moins cher qu’un smartphone, donc 60000 nouvelles sorties par jour.

    Le seuil de rentabilité n’est pas comparable, et la situation dans son ensemble ne l’est pas non plus. Par contre, il est aujourd’hui possible de trouver son public sans devoir passer par un investisseur. Il y a environ 5 milliards de personnes connectées à internet. Le travail d’un artiste consiste à en convaincre 1000 de lui donner entre 3 et 5 euros par mois. C’est un vrai travail qui n’a rien de déshonorant.

    Cela dit, consultez les rapports annuels de la SACEM. Moins de 2% des auteurs touchent au moins le SMIC et 75% d’entre eux ne touchent rien du tout. Cette situation, elle, n’est absolument pas nouvelle.

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